‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 43 sur 79 · SCÈNE XIV Les Mêmes, plus ANNETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV Les Mêmes, plus ANNETTE

BRÉCY.

Qu'en dites-vous, monsieur? Vous m'avez bien manqué.

amsette, paraissant sur le perron, mais sans que Boursoufle

et Brécy la voient.

Mon Dieu! Blessé?

BRÉCY.

Pardon. Mais l'insecte a pique

{H sort.)

annette, descendant en scène.

Du sang!

BOURSOUFLE

Vous!... Oui... du sang. Ça me manquait encore.

ANNETTE

Avcz-vous mal?

BOURSOUFLE

Du tout. D'ailleurs, ça me décore.

ANNETTE

Ne dites pas cela. Non, non, ne parlez plus

En vaniteux. Laissez tous ces mots superflus.

C'est avec ces mots-là, voyez-vous, que l'on gâche

Des instants qui pourraient... Ah! vous n'êtes pas lâche!

BOURSOUFLE

Comment?

ANNETTE

Tous l'affirmaient : Lucinde, Lussac.

(Mouvement de Boursoufle. Annette l'arrête.)

Mais C'est faux. Ah! vous m'aimez! Je vous crois, désormais. Non, ne protestez pas. Vous m'aimez, j'en suis sûre! Ce n'est pas sérieux, au moins, votre blessure? Laiss< z-moi vous panser. Oui, je saurai très bien. Mon mouchoir. Vous voulez? Oh! ce ne sera rien. On vous disait poltron et j'étais hésitante... Mais vous êtes blessé... Dieu que je suis contente!

BOURSOUFLE

Comment! Vous me parlez ainsi. Vous! Alors, quoi! Votre cœur daigne encor s'intéresser à moi? Vraiment! Cela vous fait plaisir que je fus brave? Et si j'avais reçu quelque blessure grave, Vous vous seriez émue, on vous eût vue pleurer? Ah ! vous avez bien fait de ne m'en rien montrer, Car, si j'avais prévu votre tendre indulgence, Deviné que l'amour me laissait une chance, Ce duel, sans grand péril, m'eût pourtant alarmé. ...J'aurais craint de mourir ayant l'espoir d'aimer.

ANNETTE

Ah! Que je suis heureuse! Enfin, je viens d'entendre

Ce mot que j'attendais, un mot simple, un mot tenlre, Un mot vraiment sincère, un mot vraiment gentil. Ah! merci de l'avoir pensé, de l'avoir dit.' Oui, vos regards sont vrais; oui, votre voix est franche. Et vous m'aimez, enfin! Quelle belle revanche!

BOURSOUFLE

Revanche, avez-vous dit? Gomment! C'est donc cela Que vous vouliez. Alors quand je vous voyais, là, Tendre et que je songeais : sur moi son cœur se penche, Ce plaisir, ce bonheur, c'était donc la revanche !

Comment?

BOURSOUFLE

Oui, je comprends, ne niez pas. Mais si, C'est logique. Voyons, n'avez-vous pas Brécy. N'est-il pas votre amant? M'aimer! Quelle folie! Non, vous vous êtes dit : il faut qu'il s'humilie. Il m'a quittée? Eh bien, mais qu'il souffre à son tour. La revanche! Et j'avais pris ça pour de l'amour !

ANNETTE

Oh! vous croyez. Vous pouvez croire...

BOURSOUFLE

Non, pardonne, Je me trompe. Je veux me tromper. Tu es bonne. Seulement, n'est-ce pas, quel triomphe pour eux S'ils me voyaient ainsi, désolé, malheureux. Vous ne leur direz point, n'est-ce pas, que je pleur Ils seraient trop contents, ceux-là, qui tout à l'heure. M'ont raillé. Non, j'ai tort. Dites la vérité. Ah! lu vois, je uni même plus de vanité.

(// se rapproche d'elle.)

Enfin, rappelle-toi, tu m'aimais bien, Annette,

Et quand un soir de mai, rose sous ta cornette,

— Tu t'en souviens, nous étions seuls dans la forêt.

Tu m'as dit : — Mon Jane!, je t'aime. — C'était vrai !

Ton cœur était si frais, si loyal, ma petite.

Pauvre Annette! Gomment as-tu changé si vite!

Toi!... Ce Brécy! Quand j'espérais... Quel dénouement!...

\h ! tu n'aurais pas dû le prendre pour amant !

(// pleure.)

Ah! mon Janel, ah! mon chéri, que tu es bête.

Alors, tu crois cela! Et tu t'es mis en tète

Que Brécy... Tu l'as cru! Mais pas un seul moment

Je n'ai cessé de t' adorer. Lui ! mon amant !

Bien moins que Corysandre encor n'est ta maîtresse ,

Mais je n'aime que toi, mon Janel. Ma tendresse

Ne s'est pas démentie, et le succès, vois-tu,

Je m'en moque, je suis toujours Anne Patu,

Et je ne l'ai cherché, ce succès que tu prises,

Qu'afin que ton baiser efface nos méprises !

BOURSOUFLE

Tu n'as pas eu d'amant! Tu n'as pas eu damant ! Ah! que je suis heureux; ah! quel soulagement ! Annette, ma petite Annette, est toujours sage. Elle est la même que j'ai trouvée au village ! Tu n'as pas eu d'amant? J'aurais dû m'en douter! Ah! chère enfant! Tu viens de me dé-en voûter, Je te retrouve et je me retrouve! Allégresse! Je me disais aussi : renier ma caresse ! Mon baiser chante encor dans ton cœur ingénu... On ne peut m'oublier lorsque l'on m'a connu!

Voyons! Déjà?

BOURSOUFLE

. Quoi?

ANNETTE

Cette phrase amphigourique.

BOURSOUFLE

Oui, c'est vrai. C'est plus fort que moi... je suis lyrique!

Quel grand enfant tu fais! Mais sois donc vaniteux Pour moi seule, pas pour les autres. Devant eux, Sois modeste. On te raille et j'en souffre à l'extrême. Garde donc tes défauts pour moi, puisque je t'aime! Quand du monde survient, sois simple, retiens-toi... 11 te faut un public? Mais ton public, c'est moi!

BOURSOUFLE

Ah! que tu me comprends, chère petite femme,

Et que tu lis avec indulgence en mon âme!

Mais, va, tu m'as guéri, mort l'orgueil, mort les paons!

Je veux devenir simple. Enfin, je me repens.

Tu vas voir.

(Appelant les invités.)

Venez tous! Venez! je vous révèle La nouvelle du jour. Une grande nouvelle! Vous m'avez reproché souvent ma vanilé?

Je vais vous étonner par ma simplicité! Car je sais être simple aussi, quoi qu'on en dise : Mesdames et messieurs, j'épouse Cydalise.

(Sensation.)

ANNETTE

Jauel!

Oh! oui.

LUCINDE

Te marier! Quelle abnégation!

Et tu consens?

ANNETTE

lucinde, riant.

Ma bénédiction !

BOURSOUFLE

Oui, messieurs, Enguerrand de Boursoufle, Vidame, Écuyer et baron, prend pour compagne et dame La petite Patu. Donc, messieurs, nous allons Nous marier en Brie, au son dos violons Du village, en l'église où le curé bedonne, Sans faste, sans gala, sans pompe. J'abandonne La ville où j'étonnais la Cour et les Bourgeois.

(// s'assied sur le banc, l'air modeste.)

Je suis simple, messieurs, je deviens villageois.

Et je compte sur vous. Lucinde, on vous invite

Au mariage. Il sera simple. La petite ,

Église toute blanche avec sa croix de buis

Vous attend. Vous verrez : ce sera simple! Et puis,

Nous aurons des troupeaux de moutons, des génisses!

(Il s'enflamme peu à peu.)

Du Virgile, messieurs! Bucoliques délices! Les citadins viendront cueillir nos fleurs d'été. On parlera de mes bienfaits, de ma bonté,

(On rit.)

De ma simplicité proverbiale, immense...

J'étonnerai. .

(Un éclat de rire l'interrompt.)

AIS'NETTE

Chili!

boursoufle, se levant.

Hein?...

(.4 Annette, dun Ion contrit.)

C'est vrai... je recommence!

RIDEAU

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