‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 44 sur 79 · SCÈNE PREMIÈRE PHILIPPE, JEAN · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE PHILIPPE, JEAN

PHILIPPE

Jean ! où sont les journaux ?

JEAN

Mon Dieu! Monsieur le marquis...

PHILIPPE

Eh bien! Ils n'étaient pas dans le fumoir!

JEAN

Ils sont encore dans la cuisine.

Comment?

JEAN

Monsieur le marquis ne sait pas? Il y a son portrait et celui de Mm'la marquise dans le Matin. [Mouvement de Philippe.) C'est le groom qui est venu nous dire çà. Alors, n'est-ce pas... on était en train de regarder en bas, au-dessous des portraits, la biographie de MBe la marquise.

PHILIPPE

Oui. C'est bon.

JEAN

Ah! je peux dire qu'elle est bien, qu'elle est même très bien réussie, Mme la marquise. Ça nous a fait quelque chose de voir ces portraits-là dans un journal. On est fier de servir sous des maîtres célèbres. Le groom qui nous jetait toujours à la tète le temps où il avait servi chez Mmc Yvette Guilbert. Maintenant on aura de quoi lui répondre.

Oui. Ça va bien.

JEAN

Monsieur le marquis, il y a quatre personnes qui attendent dans le premier salon.

PHILIPPE

A dix heures du matin? Qui ça?

JEAN

Oh! je ne sais pas, monsieur le marquis. Mais ce ne sont pas des gens de notre monde.

Oui, des fournisseurs. Je n'y suis pas.

JEAN

Je crois plutôt que ce sont des hommes de lettres.

PHILIPPE

Des hommes de lettres? A quoi recounaissez-vous cela, monsieur Jean?

JEAN

Il y en a deux qui n'ont pas de gants et les deux autres

sont décorés.

PHILIPPE

Introduisez-les, je veux en finir.

SCÈNE II PHILIPPE, LES TROIS REPORTERS, LA REPORTERE3SE. (Jean introduit les reporters.)

1er REPORTER.

Monsieur le marquis, nous sommes tous ici des confrères, des publicistes. Permettez-moi de vous les présenter.

PHILIPPE

C'est inutile, Monsieur. Abrégeons.

Procédons immédiatement. (H s'assied. Tous s'assoient.) Nous venons vous interviewer pour obtenir les impressions inédites de Mrac la marquise d'Évreux sur Paris. 11 est en effet piquant pour les nombreux abonnés et les innombrables ache-

leurs au numéro de notre journal (il se tourne vers les autres), de nos journaux, de connaître quelles sensations l'aspect de Paris, depuis quinze jours qu'elle y est arrivée, a inspirées à la fille unique de M. Smithson, le roi des pétroles.

LA REPORTERESSE.

Monsieur le marquis, vous aurez remarqué que c'est notre journal le Corset illustré qui admira le premier, et dans ses moindres détails, le trousseau complet de Mme la marquise.

2e REPORTER.

Monsieur le marquis, vous n'ignorez pas que ce sont les correspondants du Santillane qui se sont intéressés à votre vie intime, jusqu'à télégraphier chaque jour le menu du déjeuner et du dîner.

1er REPORTER.

Mais que c'eslle Coq de France qui en a conclu que M™" la marquise a un estomac plus robuste que M. le marquis. Elle prend du Champagne. Vous prenez de l'eau minérale un peu rougie.

Messieurs, ma femme n'est pas visible. Vous représentez, n'est-ce pas, les principaux journaux de Paris?

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