SCÈNE VI Les Mêmes, MAGGIE
maggie, entrant.
Oh! Philippe! mon cheval est sweet! Il court comme un lapin. Il a même pris le mors à la bouche. Nous le conduirons ensemble, my dearling. {Elle l'embrasse.)
PHILIPPE
Maggie, il y a du monde.
MAGGIE
Ça ne fait rien, n'est-ce pas, Madame? Nous sommes mariés.
Philippe, présentant.
Ma femme. La comtesse d'Arleval.
MAGGIE
Oh! je sais. Je connais votre tète.
HENRIETTE
Ah! vraiment?
MAGGIE
Vous êtes un ancien flirt à mon mari, il me l'a dit.
Ah ! votre mari vous a dit que j'étais un ancien...
PHILIPPE
Maggie, mais ce n'est pas ainsi. Je...
MAGGIE
Oh! j'ai été très jalouse de vous. Philippe me disait toujours : « Il faudra prendre exemple sur la comtesse d'Arleval. C'est la femme la plus publique de Paris. »
HENRIETTE
Comment?
Oui, la plus répandue, la plus jetée, la plus lancée, derrière laquelle on court le plus.
HENRIETTE, à Philippe.
Une jolie réputation que vous m'avez faite là.
MAGGIE
Oh! je vous ai détestée d'abord. Mais vous avez une bonne figure. Vous avez l'air gentil. Voulez-vous remuer la main?
HENRIETTE
De grand cœur, Madame. D'ailleurs, moi aussi je connaissais votre tête, comme vous dites. Les journaux me l'ont fait admirer. Vous êtes célèbre.
maggie, étant son chapeau et ses gants.
C'est à cause de mon père, My old Tom. 11 est si riche. Ça étonne en France. On n'est pas très riche en France.
Les fortunes sont trop anciennes. Elles se sont morcelées.
Philippe, gêné.
Magg'e, la comtesse et le comte déjeunent avec nous ce matin.
MAGGIE
Ah! votre mari est à Paris?
HENRIETTE
Mais oui. Cela vous surprend ?
MAGGIE
Philippe m'a dit qu'il était toujours en voyage; qu'il était très besogneux.
HENRIETTE
Besogneux?
MAGGIE
Oui, beaucoup de besogne, très sport. Un drôle de type.
Henriette, riant, au marquis.
Elle est originale.
MAGGIE
Je suis contente de vous connaître, madame. Vous êtes si cotée. Vous me donnerez des conseils à Paris. Je suis encore un peu stupide.
HENRIETTE
Oh! stupide!
Je voudrais donner beaucoup de soirées. Oh! pas pour moi;
pour Philippe. Il aime ça. Je voudrais être aussi élégante que vous. Voir beaucoup d'artistes.
HENRIETTE
Ça n'a aucun rapport.
MAGG1E.
Vous donnez beaucoup de fêtes?
HENRIETTE
Non. Pas précisément. Je vais beaucoup dans le monde.
MAGGIE
Vous ne recevez pas?
HENRIETTE
Je sors beaucoup.
MAGGIE
Vous n'aimez pas mieux rester chez vous et offrir des dîners?
Philippe, entre ses dents.
Ça y est !
HENRIETTE
Mais mon auto attend toujours à la porte. Je dois aller chez Gastine-Renette chercher mon mari.
Il va venir ici.
HENRIETTE
Pans une heure. J'ai le temps de l'aller quérir. Nous avons à parler en particulier. Gaston est si occupé que je n'arrive presque jamais'à le joindre.
PHILIPPE
Vous lui parlerez ici.
HENRIETTE
Non. Non. Ce sont des questions intimes. Mon Dieu, oui! Des questions d'argent! (Regarciayil Maggie.) Quand on n'a pas un père très riche, il faut bien... (Saluant.) Chère madame, à tout à l'heure.
{Elle lui fait un signe de tête amical et sort.)