‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 59 sur 79 · SCÈNE IV PHILIPPE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV PHILIPPE, HENRIETTE

HENRIETTE

Eh! mais! Elle commence à se dégourdir, votre petite marchande de pétrole !

PHILIPPE

Non. Ça lui vient par crises. D'ailleurs qu'importe! Parlons de vous. Répondez à ma question.

HENRIETTE

Laquelle?

PHILIPPE

Celle que vous évitez depuis une demi-heure.

HENRIETTE

Encore! Quel homme ent;4é!

Philippe, tendre et tout près d'elle.

Pourquoi ne voulez-vous plus?... Dites... Pourquoi?

HENRIETTE

Parce que.

Parce que quoi?

HENRIETTE

Les hommes sont admirables, ma parole! C'est vous qui n'avez plus voulu.

PHILIPPE

Mais maintenant je re-veux bien.

HENRIETTE

Oui, chéri! Mais c'est trop tard. Moi je ne veux plus.

PHILIPPE

Vous avez tort!

HENRIETTE

C'est vous qui le dites.

PHILIPPE

Et c'est vous qui le pensez.

HENRIETTE

Fat!

PHILIPPE

Henriette! Oublions tout. Recommençons comme dans le temps. C'était bon! C'était très bon. Ce n'était pas bon?

HENRIETTE

Si, c'était bon.

Eh bien, alors ?

HENRIETTE

Nous ne sommes plus comme dans le temps.

PHILIPPE

En quoi?

HENRIETTE

Maintenant, vous avez une femme!

PHILIPPE

Vous aviez bien un mari.

HENRIETTE

Ça n'a aucun rapport. Et puis non, je ne veux pas que vous trompiez cette petite. C'est trop tôt.

PHILIPPE

Il n'est jamais trop tôt pour bien faire. Voyons, si je vous suppliais bien tendrement?

HENRIETTE

Rien à faire, je veux devenir une honnête femme!

PHILIPPE

Vous n'avez pas la vocation.

HENRIETTE

Insolent!

PHILIPPE

Vous êtes trop jolie

HENRIETTE

Je ne veux plus me compromettre. Je r.e veux plus faire cette folie pour vous.

PHILIPPE

Soit. Ne la faites pas pour moi, faites-la pour votre mari.

HENRIETTE

Vous dites?

PHILIPPE

Je dis : faites-la pour votre mari, pour Gaston.

HENRIETTE

Vous croyez que Gaston tient à ce que je ..

PHILIPPE

11 n'y tient peut-être pas. Mais c'est votre devoir.

HENRIETTE

Je lui demanderai son avis.

PHILII PE.

Vous devez éviter à votre mari le ridicule. .

HENRIETTE

Justement!

PHILIPPE

... le ridicule du mari trompé d'opérette. Vous ne le pouvez qu'en continuant d'être ma maîtresse.

Ah ! bah !

PHILIPPE

Qu'est-ce qui peut justifier l'adultère? C'est la passion fatale, irrésistible, incendiaire, qui brûle comme paille la faible voontédes amants et les précipite irrésistiblement... notez ce mot Henriette... irrésistiblement aux bras l'un de l'autre. Mais si vous me résistez, ce n'était pas celte passion. Qu'était-ce

ddc? Le vil libertinage. Voyez de quelles hauteurs poétiques dais quel bas-fond libertineux vous vous précipitez en me résisttnt? Soit. Vous êtes libre. Mais étes-vous libre d'y précipite1, avec vous votre époux? Non. J'ose le dire, Henriette. Non II faut que notre passion soit irrésistible pour que votre mari'ioit respecté et pour qu'il remonte avec nous des bas-fonds de l'çérette au rôle triste mais sublime du roi Marc dans Triston et Yseult.

Henriette, lui mettant les bras autour du cou. Tu e&délicieusement bète.

PHILIPPE

Ahl or se retrouve!

HENRIETTE

On se rtrouve!

PHILIPPE

Tu sais kpetit rez-de-chaussée de la rue de Berry?

HENRIETTE, touchée.

Vous l'avezgardé ?

Il n'est pas 'émeublé.

HENRIETTE, ravie.

Ah ! quel bonhur !

PHILIPPE

Il était loué pou. trois ans. Je suis passé par là en flânant. La concierge m'a ruonnu tout de suite. Je suis même entré.

HENRIETTE

C'est vrai?

PHILIPPE

Oui. Ahl ça m'a semié bon. Ça m'a changé du caravansérail où j'habite ici. C'éta petit. C'était capitonné. J'ai tout de suite retrouvé ton parfi^, [Se penchant sur son épaule.) Chypre et orchidée.

Henriette, incrédule.

Oh ! après un an ! Tu crois.

PHILIPPE

Je dois dire qu'un petit flacon était resté sur un guérdon. Un petit flacon débouché.

HENRIETTE

Mon flacon de Daura, avec dans le verre des coulées lîteuses historiées de chardons bleus?

PHILIPPE

Oui.

HENRIETTE

Je l'ai cherche partout.

11 était resté là, et, tout minuscule qu'il fût, il avit imprégné de son arôme toute la chambre, toute notre chmbre Marie- Antoinette, blanche et grise, couleur de perle.

HENRIETTE

Elle n'était pas d'un style très pur, notre oambre Marie- Antoinette. Tu y avais mis des rideaux japoms vert pomme.

PHILIPPE

C'était pour égayer.

HENRIETTE

Tout recommence comme dans le temp-

PHILIPPE

Les soirs où Gaston est absent, nous rons de nouveau dans les petites boîtes, dans l'avant-scène gr'lé<-.

HENRIETTE

Oh! j'adore cela! sentir qu'une s^ple petite grille en bois vous sépare seule de tout Paris, di^candale, de la vengeance, du déshonneur.

PHILIPPE

i! il n'y a que Paris pour vous donner ces frissons-là. Il me^emble que j'y rentre seulement d'aujourd'hui.

Henriette, tendrement.

G'^t vrai?... Ça durera au moins, ce retour.'

PHILIPPE

Ça Cirera.

hemriette, imitant son jeu.

Tu saç, si tu ne !e fais pas pour moi, fais-le pour ta femme.

PHILIPPE

Folle! dl l'embrasse.)

hcnriette, tragi-comique.

Alors, nois redevenons adultères.

Philippe, même jcv.

Nous nous lamnons joyeusement. (// ta regarde.)Ta es bien de ma race, t\i ! Tu l'as, le quelque chose d'indéfinissable. (Galant.) Madame, le hasard de vos visites ne vous amènerat-il pas demain \-,\ns le quartier de la rus de Berry?

\ Henriette, même jeu.

Il se pourrait, Mmsieur. Il se pourrait. J'ai comme idée que nous nous y reneortrerons.

PHILIPPE

Ah! petite canaille, a! [Ils s'embrassent.)

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