‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 60 sur 79 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

les Mûmes, MAGGIE.

maggie, entrant et surprenant Philippe et Henridte

aux lèvres l'un de l'autre.

Oh! Philippe!

Philippe, dénouant aussitôt son étreinte et se levari d'un

air très embarrassé, bas à Henriette.

Ça y est, nous sommes pinces.

Henriette, même jeu.

Mais non. Laissez-moi faire.

maggie, à Henriette qui n'a pas bougé et lu sourit. Sale femme!

Henriette, toujours souriante.

Vous dites?

maggie, lui indiquant la porb.

Sortez! Vous ne viendrez pas faire cela chz moi. Sortez, sale femme !

HENRIETTE

Quoi faire chez vous?

maggie.

Pas chez moi ! pas chez moi! oh! P'ilippe!

Philippe, furieux, se promencit avec agitation.

Ah! sacrebleu de sacrebleu! il nf manquait plus que cellelà!

Henriette, toujoifs souriante.

Mais qu'avez vous donc, chèreMaggie ? Je ne parviens pas

à comprendre vos exclamations. Le moins que j'en puisse dire est qu'elles sont d'un assez mauvais goût. J'ai besoin vraiment de me souvenir que vous n'appartenez à notre monde que par une alliance assez récente.

maggie, indignée.

Comment, vous osez encore faire le persiflage !

HENRIETTE

Fi ! que cela est peu parisien !

Philippe, si vous... (Philippe détourne la tête.)

HENRIETTE

Votre mari est honteux, ma chère, mais honteux de vous et de cette scène. (Tirant un mouchoir et le secouant dans l'air.) C'est singulier... ça sent le pétrole ici.

MAGGIE

Ah! Madame, vous êtes à votre aise... On voit comme vous avez l'habitude de pareilles surprises.

HENRIETTE

Parce que vous me surprenez aux bras d'un homme. Mais cela m'arrive tous les jours. La scène que vous me faites seule est nouvelle pour moi. Sachez, ma petite, qu'à un certain degré de bonne naissance tous les hommes qui fréquentent certains salons de Paris sont cousins des femmes qu'ils y rencontrent. Le cousinage autorise ces manières libres qui ne peuvent choquer qu'une étrangère. Dans notre monde à nous, ma chère, on est en famille.

Philippe, entre ses dents.

Pas mal!

MAGGIE

Vous n'êtes pas la cousine de mon mari.

HENRIETTE

Oh ! les cTEvreux et les d'Arleval ne peuvent être sans quelque parenté.

PHILIPPE

Henriette dit vrai, ma chère Maggie. Il y a une alliance... une alliance sous...

Sous Charlemagne.

CiA^TON

C'est ça, sous Charlemagne.

HENRIETTE

Vous voyez? Mais, ma petite, quand vous irez un peu dans le monde, dans notre monde, vous verrez qu'on s'y embrasse dans tous les coins. Notre caste repose sur l'esprit de famille; vous perdez cela de vue. Rien d'étonnant à ce qu'il soit plus développé, plus démonstratif même qu'en Amérique.

maggie, ironique.

Je vois, Madame, ma méprise !

HENRIETTE

Ah!

MAGGIE

Oui, je vous fais toutes mes excuses.

Henriette, un peu surprise.

Ah! mais, je les accepte bien volontiers. Voire méprise était naturelle. Vous êtes étrangère à Paris, à nos coutumes, à nos habitudes de sentir et de penser.

maggie, même jeu.

A vos habitudes de sentir et de penser. Oh I oui, à cela surtout.

philippe, s'avançant.

Ah! vous vous en rendez compte, maintenant?

MAGG1E.

Oui. Je commence à me former. Il faut le temps, n'est-ce pas? Mais les leçons comme celle-ci me profiteront, mon cher Philippe.

PHILIPPE

Je le souhaite !

MAGGIE

Vous serez exaucé.

PHILIPPE

Henriette, qui est très bonne, pourra vous être fort utile.

HENRIETTE

Mais je ne demande que cela, chère madame.

MAGGIE

Madame, vous serez mon modèle en tout.

HENRIETTE

Mille grâces !

MAGGIE

Il n'est rien de ce que vous ferez que je ne m'impose comme un devoir de faire également a l'avenir.

HENRIETTE

Oh! vous vous parisianiserez vite.

MAGGIE

Oui, j'espère. Vous verrez, madame, vous ferez des miracles! Vous convertirez les sauvages.

Oh! vous exagérez!

MAGGIE

Non, non. Je sens que je ne m'acquitterai jamais. De cette surprise dans les bras de mon mari datera le moment où je vous aurai voué un respect sans borne-.

HENRIETTE

Qui se transformera bientôt en amitié.

MAGG1E.

Sans bornes aussi, comme le respect.

Henriette, voulant l'embrasser.

Eh bien! adieu donc, chère belle!

maggie, se reculant.

Oh! votre élève, votre respectueuse élève.

HENRIETTE

Vous ne voulez pas m'embrasser?

MAGGIE

Non, pas encore! Je suis encore trop Américaine! Quand je vous aurai égalée, oui! Quand je me sentirai aussi Parisienne que vous.

Henriette, sortant.

Chère madame !

maggie, respect exagéré.

Madame!

Je vous reconduis, chère amie, je vous reconduis. (H sort avec Henriette.)

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