SCÈNE Y
MARINA, DRAKTON, RENÉ.
MARINA, enlisant.
Je vous demande pardon. J'ai forcé votre porte, mais je savais que René était là et je mourais d'inquiétude.
DRAKTON.
Pourquoi donc?
MARINA
N'essayez pas de me tromper. Vous attendez mon mari, je le sais. René a oublié votre bleu sur la table. Tenez, je l'ai rai dé : le voilà.
DRAKTON,
Tant pis.
MARINA
Ah! mille fois tant mieux!... Il ne faut pas, vous entendez? Il ne faut pas que René et mon mari se rencontrent.
RENÉ
Mais il n'en est pas question pour Tinstant.
MARINA
Pas question! Mais c'est votre idée fixe! Mais, maintenant que vous savez mon mari à Paris, vous ne devez avoir qu'une volonté, c'est de le voir, de lui parler, d'obtenir par n'importe quel moyen ce divorce. {A Drakton.) Et ce serait une folie, vous l'empêcherez... vous l'empêcherez.
RENÉ
Je vous en prie, Marina, ne compliquez pas tout ceci par des nerfs.
MARINA
Depuis huit mois, nous ne pouvions pas faire un voyage, descendre dans un hôtel, entrer dans un casino, sans que mon cœur s'arrête d'effroi à chaque homme qui passe et qui lui ressemble. Une fois, même, j'ai cru que je le voyais. Ah! c'est un cauchemar, c'est un abominable cauchemar.
DRAKTON.
Écoutez-moi. Tout à l'heure, j'étais ennuyé de vous savoir ici. Maintenant je m'en félicite. J'hésitais, je n'hésite plus. Il faut que ce soit par notre volonté que ces deux hommes se télescopent.
Qu'est-ce que vous dites?
DRAKTON.
A un moment choisi par nous, dans des circonstances choisies par nous, à l'heure choisie par nous... et c'est tout choisi. René, vous rencontrerez Dasetta ici, chez moi, au Ritz, dans un quart d'heure.
MARINA
Quoi? C'est de la folie! Mais vous ne pouvez pas.
DRAKTON.
Oh! pardon, je peux et même je veux.... Je dis des choses de bon sens et qui plus est des choses américaines. Quand on veut refaire sa vie, il faut la refaire nettement, avec carrure. Voilà. Je vous laisse cinq minutes, j'ai quelqu'un à recevoir.... Si j'ai paru brutal, je vous demande pardon. Il faut m'excuser; mais, en France, dès qu'on exprime une volonté, on a l'air d'être impoli.
(7/ sort par la porte de droite.)
SGÈiNE Vi RENÉ, MARINA
RENÉ
Il faut l'en aller. Je ne veux pas qu'il puisse te trouver
MARINA
Ah! tu perds ton temps.
RENÉ
Marina... il le faut.... Va-t'en!
Mais c'est insensé.... Mais qu'est-ce que tu vas lui dire?... Quels arguments vas-tu employer?
RENÉ
L'argent- /
MARINA
L'argent! Tu sais bien comment il en gagne.
RENÉ
Je suis d'accord avec ma mère. Je lui propose une véritable fortune et, s'il késite, il j a la peur.
MARINA
11 est brave.
RENÉ
Personne n'est brave devant le scandale.
MARINA
Comment I Mais tu ne vas pas....
RENÉ
Relis donc ce qu'il y a sur ce bleu, puisque tu Tas pris. Drakton ne sait pas qui est ton mari. Pour nous rendre service, pour nous débarrasser de lui, il va lui proposer une affaire que je connais, importante... là-bas, au Mexique.... Eh bien, s'il accepte....
- MARINA
Eh bien?
Eh bien, c'est impossible Déjà, une première fois, mon
silence m'a fait son complice. J'ai le devoir de tout dire à Drakton.
MARINA
Et envers moi... n'as-tu pas de devoir? Tu n'as pas le droit de me déshonorer. Si tu parles, Drakton se rappellera tout, comprendra. Tu ne peux pas, toi, créer ce scandale. Tu es la seule personne au monde qui ne le puisse pas. D'ailleurs, faisons-lui l'aumône du silence.... Nous lui avons déjà fait assez de mal.
RENÉ
Soit ! Mais tu vois bien alors qu'il faut que je lui parle seul à seul.
MARINA
René... non.
RENÉ
Mais que crains-tu donc? Réfléchis. Tu crois que ton mari ne songe qu'à se venger.... Mais, depuis près d'un an, s'il avait voulu me rencontrer, se venger... c'était facile! Mais non! Il n'y pense pas! Il n'y pense plus! Tu sais quelle exis-
L'EPERYIER. 111
tence il mène! à quel homme nous avons affaire! En ce moment il fait la fête, il joue, donc il gagne, et son argent volé il le dépense avec des filles. Il ne se soucie pas plus de son amour pour toi que de sa vengeance.
Oui, tu as peut-être raison.... Il est possible qu'il ne m'aime plus.
RENÉ
Pourquoi dis-tu ça comme ça?
MARINA
Gomment ?
RENÉ
A l'idée que cet homme s'est détaché de toi... il a passé dans ta voix comme un vague regret.
MARINA
Tu es fou ! Mais tu es fou !
RENÉ
Ah! parfois je me demande si, à ton insu, ne se glisse pas chez toi comme un regret, le souvenir de certaines heures....
MARINA
Tais-toi! Je te défends... tu n'as pas le droit.... Je t'aime... Je t'aime... tu le sais bien.
RENÉ
Marina !
MARINA
Ah ! vois-tu, c'est moi, au contraire, qui me demande souvent si je te donne le repos, le calme, la sécurité dont tu as besoin. Va, je ne mérite pas tes soupçons.
RENÉ
Nous nous faisons du mal, nous avons tort... je te demande pardon....
{On entend la sonnerie du téléphone de VhôlcL Rentre