SCÈNE IV SARDE LOUP, RENÉ
SARDELOUP.
Ta mère n est plus là. On peut causer. Tu crois que je veux ton bien, n'est-ce pas? ^ .
RENÉ, mollement.
Oui.
SARDELOUP.
Hein?
RENÉ
Je crois surtout, mon vieil ami, que, pour éviter à maman une peine, même légère, vous me conseilleriez par exemple d'épouser Jeanine tout de suite, en vous disant: « Il faut que ce n^ariage se fasse, le bonheur de sa mère est là. »
Tu dis des bêtises. Je t'aime de tout mon cœur. Tu n'en es
pas sûr?
RENÉ
Si.
SARDELOUP.
Eh bien, écoute. Tu me crois intelligent? , f
L'EPERVIEIv, 2i
RENÉ
Celte question!
SARDELOUP. ^
Tu m'accordes quelque expérience?
RENÉ
C'est évident.
SARDELOUP.
Enfin, quand tu me vois arriver, tu ne te dis pas: « Allons, bon: voilà encore ce vieux gâteux de Sardeloup! »?
RENÉ
Vous êtes absurde !
SARDELOUP.
Alors, un bon conseil: marie-toi.
RENÉ
Là.... Qu'est-ce que je vous disais?
Je ne me suis pas marié, moi... regarde ce que ça donne.
RENÉ
Voyons, Sardeloup.
SARDELOUP.
Et encore, moi, j'avais une excuse : ta mère n'a pas voulu de moi. C'est si triste, mon petit, d'être tout seul.... A trente ans, parbleu! on ne se l'imagine pas. On ne prévoit rien, on ne pressent rien.... Mais la solitude vient si vite quand. on n'est plus porté par sa jeunesse. On a besoin de chaleur, de tendresse, de vie. Ta mère disait tout à l'heure, là: « Il aime le bonheur des autres ». Il faut bien : je ne suis pas un mauvais bougre. Mais il y a un bonheur que je serais joliment plus content de constater: c'est le mien. Il faut te marier. Voilà. Je suis un bel exemple à ne pas suivre.
RENÉ
Nous vous aimons bien, Sardeloup.
LE VALET, entrant. ^
M. Ferrand-Duperré est là, monsieur.
RENÉ
Faites entrer.
SARDELOUP.
Oui, nous reprendrons ce sujet de conversation tout à l'heure.
{Il sort.)