RENÉ, CHARLES
Un temps, puis le valet mtroduit Charles.
CHARLES, entrant.
Mon petit... je suis content... il y a des siècles.... (// lui serre les mains.)
RENÉ
Mon vieux Charles!
CHARLES
Tu n'as pas changé.
RENÉ
Darne... eu Jeux ans!
CHARLES
On change en deux ans. Je suis rentré hier seulement de Marseille. J'étais à mes bureaux là-bas. Et puis, mon meilleur bateau, le Calédonia., partait pour Singapour. Tu ne peux pas te figurer ma joie quand Jeanine m'a dit: « René a téléphoné ». Une joie de gosse.
RENÉ
Mon vieil ami.
CHARLES
Tu la verras demain. Car tu dînes avec nous, n'est-ce pas? C'est convenu. Tu as reçu mon message?
RENÉ
Oui... oui... je t'expliquerai.
CHARLES
Mais qu'est-ce que tu as? Tu as l'air gêné.
RENÉ
Je suis plus que gêné, Charles.... Je suis anxieux, je suis malheureux....
L'ÉPERVIEU. 27.
CHARLES
Comment?...
RENÉ
Je sais que je vais te faire beaucoup de peine... moi-même, j'en ai énormément....
CHARLES
Mais, parle....
RENÉ
Eh bien, Jeanine....
CHARLES
Ah!...
RENÉ
Oui... c'est un être exquis, rare, que j'aime de tout mon cœur.... C'était mon révèle plus cher de rendre plus fraternelle encore notre amitié.... Charles, c'est désormais un rêve impossible!
CHARLES
Qu'e:t-ce que tu dis?
La vérité, qui m'est atroce à te dire.
CHARLES
Mais pourquoi?
RENÉ
Tu comprends... tu devines?
CHARLES
Une femme?
RENÉ
Oui... que j'aime. Je sens que tu as beaucoup de chagrin.
CHARLES
Pauvre Jeanine. C'est à elle que je pense.
RENÉ
Elle est si jeune, Charles... si pleine d'espoir... elle a toute la vie devant elle... et puis....
CHARLES
Non, tais-toi.... C'est inutile.... Ce sera affreux.... Tu n'en doutes pas.... J'apprends ça comnc un malheur.... Non, non...
T. Tir. 2
ne dis rien... attends.... Laisse-moi concevoir cela.... C'est tellement imprévu.
Charles, ce n'est pas de ma faute.
CHARLES
Est-ce que je te reproche quelque chose?
RENÉ
Ah ! j'aimerais mieux.
CHARLES
Il ne s'agit pas de nous. {Un petit temps.) Je croyais pourtant que tu l'aimais, Jeanine.
RENÉ
J'étais sûr de l'aimer.... Je n'imaginais même pas qu'on pût aimer davantage. Mes aventures... tu les connaissais. Elles n'avaient pris de moi-même rien... ou presque rien. Et quand je suis parti pour^Rome, encore que ta sœur] et moi n'avions échangé aucune promesse, le jeune homme très neuf qui partait n'emportait dans son cœur qu'une seule image et qu'une seule pensée....
CHARLES
Alors ?
RENÉ
Alors... j'ai rencontré, il y a six mois, à Rome, la femme qui est maintenant toute ma vie.
CHARLES
, Une jeune fille?
RENÉ
Non. Cela a commencé par une sympathie, rien qu'une sympathie.... Je ne me défiais pas.... Et puis... mais à quoi bon te raconter ?
CHARLES
Oui... à quoi bon?... C'est l'éternelle aventure.... Elle est ta maîtresse et tu l'aimes.
RENÉ
Elle n'est pas ma maîtresse.
CHARLES
Non?
RENÉ
Non. ,
CHARLES
Jeté demande pardon, René... j'insiste, c'est pour la dernière fois. Mais c'est si grave, le bonheur de deux êtres que l'on aime.... Tu es emporté, absolu... et ce qui nous apparaît comme durable n'est parfois que passager.
RENÉ
Crois-tu donc que si je n'avais pas engagé ma vie je te parlerais comme je viens de le faire?
(Un temps,)
CHARLES
Tu as raison.... Je vais dire cela à Jeanine.... Je préfère encore pour elle qu'il ne s'agisse pas d'une jeune fille.... Le chagrin sera le même, mais son amour-propre sera moins blessé. Tu as bien fait de me dire tout, et tout de suite... avec la netteté que nous avons, nous.... Et, maintenant... il ne faudra plus parler de cela et tâcher de n'y plus penser.... Je ne t'en aimerai pas moins.
En es-tu sûr?
CHARLES
Oui. Il faut croire que je t'aimais beaucoup.
RENÉ
Donne-moi la main.
{Us se sentent la main. Un temps.)
Le VALET, entrant.
M. Eric Drakton fait demander à monsieur si monsieur peut le recevoir.
CHARLES
Je te laisse.
RENÉ
Mais non.
LE VALET
Il y a là aussi ce monsieur. {Lui remettant une carte,) J'ai dit que monsieur était occupé. Il peut revenir dans un quart d'heure?
RENÉ
Oui, je préfère.