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meubles, à. mes habitudes. Je suis une vieille îhw p -, ne sommes pas des amoureux, nous sommes de vk, ' '^"^ rades. Nous associons nos deux existences parce q ' nous aimoos beaucoup. Mais, les cinq dernières années dcT mariage, Vignon ne rentrait guère chez lui et plus jamais moi. J'ai donc pris des goûts d'indépendance. Vous, vous avez vingt ans de célibat derrière vous. Notre mariage est donc spécial.
FERNAND
C'est l'union de deux vieux garçons.
RAYMONDE
Voilà. Eh bien, je voudrais continuer d'habiter mon appartement, seulement^ il serait trop petit pour deux.
FERNAND
Oui.
RAYMONDE
Mais, justement, c'est une] chance, l'appartement du dessus est vacant.
FERNAND, Vaguement.
C'est une chance.
RAYMONDE
Il suffirait que vous louiez l'appartement du dessus, on pourrait percer un petit escalier.... Vous écoutez?
FERNAND
J'écoute... j'écoute.
RAYMONDE
Un petit escalier tournant. Ça ferait très joli. Vous voyez ra d'ici?
FERNAND
Je vois ça d'ici.
Ainsi, vous en haut, moi en bas, nous mènerons dans une installation délicieuse une vie commune, mais indépendante. Qu'en dites-vous? Ce n'est psa le rcve?
FERNAND
. Evidemment.
RAYMONDE
C'est gentil. Vous acceptez?
! FERNAND
En principe... c'est le rêve.
RAYMONDE
Pourquoi en principe?
FERNAND
Eh! c'est qu'en fait il y a peut-être quelques difficultés. Enfin, ma chère amie, vous me dites que Vignon ne rentrait guère chez lui et plus jamais chez vous. Vous ne désirez pas que je suive cet exemple?
RAYMONDE
Voyons, il ne s'agit pas de ça!
FERNAND
Eh bien, quand il s'agira... d'autre chose, vous ne craignez pas que cela devienne inconfortable?
Serons-nous des jeunes mariés?
FERNAND
Serons-nous de vieux époux?
RAYMONDE
Il VOUS sera tout loisible de descendre me souhaiter le bonsoir.
FERNAND
Jusqu'à l'heure où l'aurore aux doigts de rose....
RAYMONDE
Jusqu'à l'heure où l'aurore aux doigts de rose... c'est dit?
FERNAND
C'est dit. Mais, prenez garde. Prenez garde que, sous pré-
texte de prendre deux appartements séparés, nous n'arrivions à faire chambre commune....
RAY.MCNQE.
Vous n'êtes qu'un vaniteux.
FERNAND
Auprès de vous toute présomption se justifie. (Il veut Vembrasser.)
RAYMONDE
Voyons! qu'est-ce qui vous prend?
FERNAND
Quoi? Nous avons bien le droit?
Sur la joue, monsieur! Une fiancée est une jeune fille. Non, voyons, vous me désobligeriez.
FERNAND
Je vous demande pardon.
RAYMONDE
Monsieur boude?
FERNAND
Oh! non, je ne boude pas, je pense.
RAYMONDE
A quoi?
FERNAND
Je pense qu'il y a dix ans que je vous aime, treize mois que votre mari est mort, six mois que nous sommes fiancés, trois semaines que c'est officiel. Nous sommes enfin l'un à l'autre et savez-vous de quoi nous avons l'air?
RAYMONDE
Nous avons l'air de deux amis qui se connaissent depuis longtemps, dont les goûts s'accordent, et qui se marient avec toutes les garanties de bonheur.
FERNAND
Nous avons l'air de Philémon et Baucis.
RAYMONDE
Dieu que vous êtes bête !
Quand je pense que nous sommes à Sorrente! Sorrente! et que, hier au soir, dans le parfum des orangers, sous un clair de lune à ouvrir une ombrelle, vous m'avez quitté sur ce mot fervent : « Que je vais bien dormir, mon ami ! »
RAYMONDE
11 ne fallait pas vous dire ça?
FERNAND
Vous auriez pu trouver mieux.
RAYMONDE
Quoi?
FERNAND
Dame! Quand on aime.... Car vous m'aimez, n'est-ce-pas?
RAYMONDE
Si je ne vous aimais pas, nous ne serions pas fiancés.
FERNAND
Pourtant, si vous m'aimiez vraiment.... Enfin, oui!
RAYMONDE
Enfin, quoi?
FERNAND
Enfin... rien....
RAYMONDE
Fernand, vous ne pouvez pas penser cela sans rire. C'est Sorrente ! mon pauvre ami ! J'ai trente-trois ans, vous en avez trente-sept, nous nous connaissons depuis dix ans. Si nous faisions cela avant de nous marier, qu'est-ce que nous pourrions faire au lendemain de notre mariage?
FERNAKD.
Nous pourrions recommencer!
RAYMONDE
Continuer tout au plus.
FERNAND
Sacré Vignon !
RAYMONDE
Vous avez des plaisanteries.... C'est absurde!
FERNAND
Je vous aime trop. C'est absurde!
RAYMONDE
Vous ne m'aimez pas tant que ça !
FERNAND
Qu'est-ce que vous dites ?
RAYMONDE
Mais non. Car, enfin, pendant dix ans, j'ai appartenu à un autre, et ça ne vous a pas empêché de dîner toutes les semaines chez moi.
FERNAND
Les dédains que vous inspirait votre mari me consolaient de vos froideurs.
Et, pendant ces dix ans, en avez-vous eu des maîtresses!
FERNAND
Tant que je pouvais, mais avec elles je n'ai jamais pensé qu'à vous, tandis qu'avec vous je ne pensais jamais à mes maîtresses.
RAYMONDE
Quel singulier métier font les hommes.
FERNAND
A qui le dites-vous?
RAYMONDE
Fernand, regardez-moi. Je vous défends de prendre cet air désabusé. Je vous aime avec toute ma tendresse, toute ma confiance, je ne peux pas, je ne veux pas vous aimer autrement. Que voulez-vous, j'ai horreur de ce qu'on appelle la passion. Ne m'aimez pas ainsi, Fernand. Ce n'est pas comme cela qu'il me plaît d'être aimée. Jeune fille, j'ai trop vu ce qdu'il en coûtait autour de moi. Ma pauvre mère était belle, mon père l'adorait; des larmes, des querelles et de la douleur, voilà ce que cela a donné. Celte fureur jalouse, le ciel m'en a préservée, et moi, je m'en garde.
FERNAND
Tenez, c'est comme si vous disiez : « J'ai vu une tempête. Je ne veux plus prendre une villa au bord de la mer. »
RAYMONDE
Oh!
D'ailleurs, c'est de ma faute, tout ça, c'est de ma faute; mais, voilà, je n'ai pas osé, maintenant, c'est trop tard.
RAYMONDE
Quoi?
FERNAND
Quand on vous connaît, on vous devine si distante, si paisible... on n'ose pas! Il faudrait n'avoir aucune psychologie, être une brute. Ah! tenez, jadis, j'aurais dû... j'aurais dû avoir l'audace de vous saisir un jour dans mes bras et, brutalement, comme on fouette d'un coup de cravache un sang endormi, vous éveiller d'un baiser brusque! violent!
RAYMONDE
Ah! bien, vous n'auriez pas essayé une seconde fois. Ce que je vous aurais mis à la porte!
FERNAND
Oui, c'est cela que j'aurais dû faire.... Car savez-vous ce que vous êtes? une créature pas éveillée! i
^^^^^ RAYMONDE
Hein? ^^^
FERNAND
Endormie... vous dormez encore.... Vous avez eu pendant dix ans pour mari une brute, comme Vignon, qui n'a su que vous brutaliser. Pendant ces dix ans, vous avez eu un sentimental, comme moi, qui n'a jamais osé être une brute. Vous êtes à la merci du premier venu....
RAYMONDE
Vous n'êtes pas poli.
Du premier venu, oui, Raymonde.... J'ai raison, je vous le jure, une femme comme vous... la femme... c'est un instrument délicat... un violon, comme disait cet orgueilleux Bouillet. On peut, d'un archet malhabile fausser pour longtemps l'harmonie des cordes ou les faire divinement chanter. Vous, vous êtes un violon admirable, mais Vignon était un archet... Quel archet! Quant à l'autre archet.... Ah! la! la!... Quelle pitié! n'en parlons pas!
RAYMONDE
Quoi? quelle pitié! n'en parlons pas! L'autre archet, ça ce peut être que vous?
FERNAND
Vous n'avez jamais voulu m'essayer.
RAYMONDE
Vous devenez grossier.
( Dans le jardin^ l'orchestre joue la sérénade de Braga.)
FERNAND
Quel endroit plus propice, pourtant. Ce paysage païen, ces belles lignes onduleuses, l'appel de tous ces parfums, la couleur tendre et la tiédeur du golfe... et jusqu'à ces musiques banales, qui, le soir, à travers les arbres, montent jusqu'à vous... voluptueuses....
RAYMONÎ)E.
Voyons, Fernand! Voyons, Fernand!
FERNAND
Oui, vous n'êtes même pas troublée.
Mais non.
FERNAND
C'est navrant.... C'est rassurant à un certain point de vue... mais c'est navrant. Enfin... je serai patient jusqu'au bout.... J'ai attendu treize ans... j'attendrai encore.
RAYMONDE
Ça vous passera.
FERNAND
Non. {Lui prenant la main et la lui baisant.) Ça vous viendra.,.. {Apercevant Jeanne qui entre.) Ah!