‹ ThéatreChapitre 43 sur 78 · RIS · texte numérisé non relu

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meubles, à. mes habitudes. Je suis une vieille îhw p -, ne sommes pas des amoureux, nous sommes de vk, ' '^"^ rades. Nous associons nos deux existences parce q ' nous aimoos beaucoup. Mais, les cinq dernières années dcT mariage, Vignon ne rentrait guère chez lui et plus jamais moi. J'ai donc pris des goûts d'indépendance. Vous, vous avez vingt ans de célibat derrière vous. Notre mariage est donc spécial.

FERNAND

C'est l'union de deux vieux garçons.

RAYMONDE

Voilà. Eh bien, je voudrais continuer d'habiter mon appartement, seulement^ il serait trop petit pour deux.

FERNAND

Oui.

RAYMONDE

Mais, justement, c'est une] chance, l'appartement du dessus est vacant.

FERNAND, Vaguement.

C'est une chance.

RAYMONDE

Il suffirait que vous louiez l'appartement du dessus, on pourrait percer un petit escalier.... Vous écoutez?

FERNAND

J'écoute... j'écoute.

RAYMONDE

Un petit escalier tournant. Ça ferait très joli. Vous voyez ra d'ici?

FERNAND

Je vois ça d'ici.

Ainsi, vous en haut, moi en bas, nous mènerons dans une installation délicieuse une vie commune, mais indépendante. Qu'en dites-vous? Ce n'est psa le rcve?

FERNAND

. Evidemment.

RAYMONDE

C'est gentil. Vous acceptez?

! FERNAND

En principe... c'est le rêve.

RAYMONDE

Pourquoi en principe?

FERNAND

Eh! c'est qu'en fait il y a peut-être quelques difficultés. Enfin, ma chère amie, vous me dites que Vignon ne rentrait guère chez lui et plus jamais chez vous. Vous ne désirez pas que je suive cet exemple?

RAYMONDE

Voyons, il ne s'agit pas de ça!

FERNAND

Eh bien, quand il s'agira... d'autre chose, vous ne craignez pas que cela devienne inconfortable?

Serons-nous des jeunes mariés?

FERNAND

Serons-nous de vieux époux?

RAYMONDE

Il VOUS sera tout loisible de descendre me souhaiter le bonsoir.

FERNAND

Jusqu'à l'heure où l'aurore aux doigts de rose....

RAYMONDE

Jusqu'à l'heure où l'aurore aux doigts de rose... c'est dit?

FERNAND

C'est dit. Mais, prenez garde. Prenez garde que, sous pré-

texte de prendre deux appartements séparés, nous n'arrivions à faire chambre commune....

RAY.MCNQE.

Vous n'êtes qu'un vaniteux.

FERNAND

Auprès de vous toute présomption se justifie. (Il veut Vembrasser.)

RAYMONDE

Voyons! qu'est-ce qui vous prend?

FERNAND

Quoi? Nous avons bien le droit?

Sur la joue, monsieur! Une fiancée est une jeune fille. Non, voyons, vous me désobligeriez.

FERNAND

Je vous demande pardon.

RAYMONDE

Monsieur boude?

FERNAND

Oh! non, je ne boude pas, je pense.

RAYMONDE

A quoi?

FERNAND

Je pense qu'il y a dix ans que je vous aime, treize mois que votre mari est mort, six mois que nous sommes fiancés, trois semaines que c'est officiel. Nous sommes enfin l'un à l'autre et savez-vous de quoi nous avons l'air?

RAYMONDE

Nous avons l'air de deux amis qui se connaissent depuis longtemps, dont les goûts s'accordent, et qui se marient avec toutes les garanties de bonheur.

FERNAND

Nous avons l'air de Philémon et Baucis.

RAYMONDE

Dieu que vous êtes bête !

Quand je pense que nous sommes à Sorrente! Sorrente! et que, hier au soir, dans le parfum des orangers, sous un clair de lune à ouvrir une ombrelle, vous m'avez quitté sur ce mot fervent : « Que je vais bien dormir, mon ami ! »

RAYMONDE

11 ne fallait pas vous dire ça?

FERNAND

Vous auriez pu trouver mieux.

RAYMONDE

Quoi?

FERNAND

Dame! Quand on aime.... Car vous m'aimez, n'est-ce-pas?

RAYMONDE

Si je ne vous aimais pas, nous ne serions pas fiancés.

FERNAND

Pourtant, si vous m'aimiez vraiment.... Enfin, oui!

RAYMONDE

Enfin, quoi?

FERNAND

Enfin... rien....

RAYMONDE

Fernand, vous ne pouvez pas penser cela sans rire. C'est Sorrente ! mon pauvre ami ! J'ai trente-trois ans, vous en avez trente-sept, nous nous connaissons depuis dix ans. Si nous faisions cela avant de nous marier, qu'est-ce que nous pourrions faire au lendemain de notre mariage?

FERNAKD.

Nous pourrions recommencer!

RAYMONDE

Continuer tout au plus.

FERNAND

Sacré Vignon !

RAYMONDE

Vous avez des plaisanteries.... C'est absurde!

FERNAND

Je vous aime trop. C'est absurde!

RAYMONDE

Vous ne m'aimez pas tant que ça !

FERNAND

Qu'est-ce que vous dites ?

RAYMONDE

Mais non. Car, enfin, pendant dix ans, j'ai appartenu à un autre, et ça ne vous a pas empêché de dîner toutes les semaines chez moi.

FERNAND

Les dédains que vous inspirait votre mari me consolaient de vos froideurs.

Et, pendant ces dix ans, en avez-vous eu des maîtresses!

FERNAND

Tant que je pouvais, mais avec elles je n'ai jamais pensé qu'à vous, tandis qu'avec vous je ne pensais jamais à mes maîtresses.

RAYMONDE

Quel singulier métier font les hommes.

FERNAND

A qui le dites-vous?

RAYMONDE

Fernand, regardez-moi. Je vous défends de prendre cet air désabusé. Je vous aime avec toute ma tendresse, toute ma confiance, je ne peux pas, je ne veux pas vous aimer autrement. Que voulez-vous, j'ai horreur de ce qu'on appelle la passion. Ne m'aimez pas ainsi, Fernand. Ce n'est pas comme cela qu'il me plaît d'être aimée. Jeune fille, j'ai trop vu ce qdu'il en coûtait autour de moi. Ma pauvre mère était belle, mon père l'adorait; des larmes, des querelles et de la douleur, voilà ce que cela a donné. Celte fureur jalouse, le ciel m'en a préservée, et moi, je m'en garde.

FERNAND

Tenez, c'est comme si vous disiez : « J'ai vu une tempête. Je ne veux plus prendre une villa au bord de la mer. »

RAYMONDE

Oh!

D'ailleurs, c'est de ma faute, tout ça, c'est de ma faute; mais, voilà, je n'ai pas osé, maintenant, c'est trop tard.

RAYMONDE

Quoi?

FERNAND

Quand on vous connaît, on vous devine si distante, si paisible... on n'ose pas! Il faudrait n'avoir aucune psychologie, être une brute. Ah! tenez, jadis, j'aurais dû... j'aurais dû avoir l'audace de vous saisir un jour dans mes bras et, brutalement, comme on fouette d'un coup de cravache un sang endormi, vous éveiller d'un baiser brusque! violent!

RAYMONDE

Ah! bien, vous n'auriez pas essayé une seconde fois. Ce que je vous aurais mis à la porte!

FERNAND

Oui, c'est cela que j'aurais dû faire.... Car savez-vous ce que vous êtes? une créature pas éveillée! i

^^^^^ RAYMONDE

Hein? ^^^

FERNAND

Endormie... vous dormez encore.... Vous avez eu pendant dix ans pour mari une brute, comme Vignon, qui n'a su que vous brutaliser. Pendant ces dix ans, vous avez eu un sentimental, comme moi, qui n'a jamais osé être une brute. Vous êtes à la merci du premier venu....

RAYMONDE

Vous n'êtes pas poli.

Du premier venu, oui, Raymonde.... J'ai raison, je vous le jure, une femme comme vous... la femme... c'est un instrument délicat... un violon, comme disait cet orgueilleux Bouillet. On peut, d'un archet malhabile fausser pour longtemps l'harmonie des cordes ou les faire divinement chanter. Vous, vous êtes un violon admirable, mais Vignon était un archet... Quel archet! Quant à l'autre archet.... Ah! la! la!... Quelle pitié! n'en parlons pas!

RAYMONDE

Quoi? quelle pitié! n'en parlons pas! L'autre archet, ça ce peut être que vous?

FERNAND

Vous n'avez jamais voulu m'essayer.

RAYMONDE

Vous devenez grossier.

( Dans le jardin^ l'orchestre joue la sérénade de Braga.)

FERNAND

Quel endroit plus propice, pourtant. Ce paysage païen, ces belles lignes onduleuses, l'appel de tous ces parfums, la couleur tendre et la tiédeur du golfe... et jusqu'à ces musiques banales, qui, le soir, à travers les arbres, montent jusqu'à vous... voluptueuses....

RAYMONÎ)E.

Voyons, Fernand! Voyons, Fernand!

FERNAND

Oui, vous n'êtes même pas troublée.

Mais non.

FERNAND

C'est navrant.... C'est rassurant à un certain point de vue... mais c'est navrant. Enfin... je serai patient jusqu'au bout.... J'ai attendu treize ans... j'attendrai encore.

RAYMONDE

Ça vous passera.

FERNAND

Non. {Lui prenant la main et la lui baisant.) Ça vous viendra.,.. {Apercevant Jeanne qui entre.) Ah!

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