‹ ThéatreChapitre 50 sur 78 · SCÈNE VIII GÉROME, puis JEANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII GÉROME, puis JEANNE

GÉROME, qu'introduit un valet. Il est en tenue de voyage. Il porte un kodak.

Mme Vignon n'est pas là?

GlUSEPPE.

Eh ! la signera n'est pas là. Ze vous dis : elle n'est pas là.

i'O THEATRE.

C'est bon, c'est bon.

JEANNE, arrivant de la terrasse.

Qu'est ce qu'il y a? {Apercevant Gérôme.) Ahl

GÉROME

Pardon, madame... je venais.... C'est bien ici l'appartement de Mme Vignon ?

JEANNE

Oui, monsieur. Vous désirez parler à Mme Vignon? Je vais la prévenir. {A Giuseppe.) C'est bien.

GIUSEPPE

Va hene... va bene.... {Il sort.)

GÉROME

Mille grâces!

JEANNE, à la porte de la chambre.

Ray monde, tu es là?

GÉROME

Dites-lui que c'est une surprise.

LA VOIX DE RAYMONDE

Oui. Je «l'habille. Tu es prête, toi?

JEANNE

Oui, je suis prête. Il y a quelqu'un qui te demande. {A Gérôme.) Comment?

GÉROME, à Jeanne.

Une surprise... une surprise qui vient d'arriver en auto. {Il rit.)

LA VOIX DE RAYMONDE

Qui me demande?

JEANNE

Il dit que c'est une surprise. {Elle rit.)

GÉROME

Qui vient d'arriver en auto.

JEA.MNE.

Qui vient d arriver en auto, {Elle rit.)

LA VOIX DE RAYMONDE

Ah!... Dans quelques minutes.

GÉROME, à lui-même.

Comme ça, impossible de deviner que c'est moi, Gérôme Cordier?

JEANAE.

Alors, c'est tous Gérôme Cordier?

GÉROME

Hein?

JEANNE

Fernand vient de partir vous chercher en auto à Castellamare. Vous vous serez croisés.

GÉROiiE. .

Sacré Fernand !

Quoi?

GÉROME

Parbleu!... vous êtes au courant.... Raymonde doit être au courant... il a tout dit à Raymonde, n'est-ce pas?

JEANNE

C'est vrai... je n'aurais pas dû....

GÉROilE.

Sacré Fernand !

JEANNE

Il était si content de vous revoir que, dans sa joie....

GÉROME

Ça devait arriver... c'est ma veine ! J'ai remarqué ça. Dès que je veux faire une surprise aux gens.... Je ne vous dérange pas, au moins ?

JEANNE, V invitant à s'asseoir.

Mais non.

GÉROME

Dites-le-moi, je ne vous dérange pas ?

JEANNE

Non.

GÉROME

C'est que, si je vous dérange....

N'ayez aucune crainte.... On ne nous dérange jamais, du moins pour longtemps.... Giuseppe, le vieux maître d'hôtel, qui vous a introduit, est remarquable ; nous l'avons dressé. Comme dans les premiers temps nous étions envahis par l'étranger, nous avons donné à Giuseppe une consigae. Dès" que ce brave homme flaire un raseur — Giuseppe a le flair — il entre et dit à Raymonde ou à moi : « Signora, c'est le médecin qui est là, pour le bambino! »

GÉROME

Quel bambino? Vous n'avez pas d'enfant, vous?

JEANNE

Non!

GÉROME

A la bonne heure.

JEANNE

Non, mais ça ne fait rien. Ça prend toujours... l'étranger s'excuse et file, et nous sommes débarrassées du raseur.

GÉROME

Et voilà!

GIUSEPPE, entrant.

Signora! C'est le médecin qui est là, pour le bambino!

GÉROME

Hein?

JEANNE

Oh!

GIUSEPPE

Le bambino... il crie !

GÉROME

C'est charmant.... Et vous trouvez qu'il a le flair, ce vieux Noël !

JEANNE

C'est bien, Giuseppe. Ty vais tout de suite. Donne-lui le biberon. (Sort Giuseppe. A Gérôme.) C'est la première fois qu'il se trompe, vous savez.

(Elle rit.)

GÉROME

N'insistez pas.

JEANNE

Je vous demande pardon.

{Elle éclate de rire.)

GÉROIÎE.

Vous êtes une nature gaie! Vous êtes même... voulez-vous que je vous dise qui vous êtes?

JEANNE

Gomment ?

GÉROME

Baronne de Vricourt, née de Robertie, divorcée il y a trois ans, un an après son mariage d'avec un clubman, bon garçon, mais qui faisait la fête tous les soirs, entraîné par un vieil ami.

Vous êtes de la police. Comment savez-vous ça?

GÉROME

Le vieil ami, c'était moi.

JEANNE

Eh bien, si vous m'aviez dit ça il y a quatre ans....

GÉROME

Il y a quatre ans, je ne vous l'aurais pas dit.

JEANNE

Et vous m'avez reconnue? Vous m'aviez déjà rencontrée?

GEROME.

Je connais vos photos. Oui, votre coureur de mari avait pourtant une tradition assez touchante. Dans la chambre de toutes ses petites amies, il prenait soin chaque soir de^ placer une photo de vous sur la cheminée....

JEANNE

C'est trop fort !

GÉROME

C'est encore une preuve d'amour.

JEANNE

Et il disait : « Voilà [ma femme, ma femme que je fais cornette. »

Non, VOUS passiez pour sa sœur. Il n'y a que moi qui ai tout deviné.

JEANNE

Ah!

GÉROME

Vous étiez trop jolie pour une sœur.

JEANNE

Dieu que vous êtes bête !

GÉROME

Je crois qu'après ça, nous pouvons nous serrer la main.

JEANNE, rianl.

Certainement.

GÉROME

Et Raymonde, comment va-t-elle? Et Fernand?

JEANNE

Très bien.

GÉROME

Est-ce qu'ils commencent à s'embrasser ?

JEANNE

Jamais.

GÉRO&IE.

Et dire qu'ils sont en Italie ! Ces gens-là ne comprennent rien à Tamour !

JEANNE

Rien!... Les idiots!... {Elle rit.)

GÉROME

Vous êtes ravissante, vous savez.

JEANNE

Oh ! J'ai horreur des compliments !

GÉROME

J'en étais sûr! Horreur des compliments! Pas flirt pour un SOU. Gaieté apparente, mais caractère grave. C'est bien ça, n'est-ce pas?... D'ailleurs, je me trompe rarement.

JEANNE, riant.

Vous n'êtes pas banal, vous savez.

GÉROME

Je m'y connais en femmes, voilà tout. Vous permettez que je vous photographie?

JEANNE

Pourquoi pas?

GÉROME

A la bonne heure! {Il prend son kodak.) Né bougez pas, placez la main comme ça dans une pose naturelle.... {Jeu de scène.) Caractère grave, riez... riez... gaieté apparente.... Merci, c'est fait. Demain, vous serez dans votre chemise, une chemise rose.

JEANNE

Plaît-il?

Oui, la chemise numéro sept... dossier volumineux... type féïiinin... fréquent,

JEANNE

Ah! bah!'

GÉROME

Oui, madame... le type de la femme qui a un caractère, mais qui n'a aucun tempérament.

JEAN^'E

Ah! bah! ,

GÉROME

Et qui n'esl pas coquette.

JEANNE

Ah! bah!

GÉROME

Oui, madame.

JEANNS.

Eh |bien, mon vieux, je sens que je ne m'ennuierai pas une minute avec vous.

GÉROME

Eh bien... ma v... ma chère amie, moi non plus. j

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