HARRY, RAYMONDE
RAYMONDE
Eh bien, elle est raidel
HARRY
Oh!...
RAYMONDE
Et dire qu'il y a cinq minutes vous aviez le toupet... tenez, vous seriez Français... vous n'auriez pas agi autrement {Musique dans le jardin.)
HARRY
C'était comme un ami.
RAYMONDE
Si vous faites ça avec vos amis.... Qu'est-ce que vous faites avec vos maîtresses....
HARRY
Raymonde !
RAYMONDE
Oh! VOUS allez encore me dire que c'était pour vous consoler, n'est-ce pas, mais ça ne prend plus, mon petit garçon. Je vous ai vus ! Vous m'embrassiez comme ça, tout à l'heure ; je sais ce que c'est.
HARRY
Ohl pas même chose. Elle, satisfaction, vous, amour éternel.
Tenez... vous êtes tordant.
HARRY
Oh ! vous rire I
RAYMONDE
Oui, moi, rire.... Et dire que j'aurais pu vous prendre au sérieux.... Il est vrai que vous y étiez pour si peu de chose.
Tout le monde ne parle que d'amour, ici, c'est un microbe, ça s'attrape, puis, ces violons... puis, ces fleurs... et puis, et puis, cette Italie qui vous encourage, qui s'entremet, qui fait un métier! Ce n'est déjà pas très bien vu pour les personnes... mais quand il s'agit des nations, ça devient... ça devient... ça devient intolérable, exaspérant, comme vous.... Car vous ne pensez pas que moi, Raymonde, une honnête femme qui ai résisté pendant dix ans à un homme charmant comme celui que je vous ai présenté tout à l'heure — mon fiancé — vous ne pensez pas que je vais tomber dans les J3ras, tout à coup, du premier venu, qui parle un charabia terrible? {Pendant qu'elle parle Harry a pris doucement sa main qu'il embrasse.) Vous ne le pensez pas? [Harry f embrasse dans le cou.) Oh! si vous croyez me convaincre, me toucher, c'est facile d'embrasser... si vous croyez que ça me fait le moindre plaisir, vous voyez... je ne me défends même pas... vous voyez... je me laisse faire... ça ne compte pas pour moi... c'est comme si vous n'étiez pas là.... Oh! vous pouvez continuer.... je suis si sûre de moi.... Ah! je vais vous montrer ce que c'est qu'une honnête femme française.... Nous verrons qui des deux se fatiguera le premier. Oh ! ces fleurs, ces sales fleurs. Dieu ! que c'est fort! et ce soleil... ce soleil qui se couche comme ça... et ce chanteur," qu'il est agaçant, c'est le chanteur surtout... et il embrasse bien.... Ah! laissez-moi, laissez-moi... etvous, taii;ezvous donc... etvous, ne sentez plus.... Oh! ma tête! lâchezmoi donc... ou serrez-moi plus fort et fmissons-en....
IIARRY.
Oh! y es....
Ah! non, laissez-moi... cet air-là... que j'aime cet air-là ... Dieu! que j'aime cet air-là.... C'est poétique! comme c'est poétique!,.. {Il Vembrasse sur les lèvres.) Sacré petit Anglais!
RIDEAU