‹ ThéatreChapitre 58 sur 78 · LE TAPISSIER · texte numérisé non relu

LE TAPISSIER

RAYMONDE

C'est fini, madame.

Ce n'est pas trop tôt.

{Sori le tapissier.)

LA FEMME DE CHAMBRE

Tous ensemble?

RAYMONDE

Oui. Fourrez-les quelque part, où vous voudrez... montez-les ' chez monsieur.

LA FEMME DE CHAMBRE

Chez monsieur?

RAYiMONDE.

Oui, monsieur Randier, c'est monsieur.... Enfin, demain, ce' sera monsieur.

LA FEMME DE CHAMBRE

Que madame m'excuse, je ne suis pas encore habituée.

RAYMONDE, entre ses dents.

Moi non plus!... {Sort la femme de chambre. Hay monde se remet à écrire.) Ah! non! moi non plus! {Cependant Fernand a descendu Vescalier à pas de loup et glisse sur là dernière marche.) Ah!...

FERNAND

J'ai voulu vous faire une surprise, mais j'ai glissé.

RAYMONDE

Est-ce que vous comptez descendre comme ça tous les jours chez moi et me faire des terreurs pareilles !

FERNAND

Je ne glisserai pas tous les jours. {Foulant le tapis du pied.) C'est un bon tapis.

RAYMONDE

Il est ridicule cet escalier.

FERNAND

C'est mon avis, mais vous y- teniez, et vos moindres désirs....

{Il lui baise la main.)

Ridicule comme notre mariage, mon pauvre Fernand.... car savez-vous ce qu'on dit? les potins?

Elle enlève un rouleau de papier que Fomand a posé sur le bureau. Pendant cette scène, à deux reprises^ elle redonne à Fernand le rouleau dont il embarrasse les meubles.

FERNAND

11 y a des potins?

RAYMONDE

Naturellement. Depuis que vous venez ici tous les jours, qui a jamais prétendu que vous étiez mon amant?

FERNAND

Personne, hélas 1

RAYMONDE

Personne, Dieu merci ! J'avais dix ans d'honnêteté derrière moi... maintenant c'est fini, je vous épouse : on dit que nous régularisons une situation.

FERNAND

C'est une petite compensation pour moi.

RAYMONDE

Et puis c'est toute la vie bouleversée... ce chambardement chez moi... vous, qui vous installez... tous ces cadeaux... tous

ces encriers... celte double cérémonie de demain... tout ce monde....

Quatre témoins, une demi-douzaine d'amis intimes, vous et moi. Il n'y aura pas d'accident de voiture....

RAY.MONDE

Mon pauvre Fernand! la mairie à mon âge!

FERNAND

Comment! à votre âge!

RAYMONDE

Oh! au vôtre aussi, naturellement. Enfin, tout cela est énervant. J'ai hâte d'être votre femme.

FEBNA^•D.

Voilà le premier mot gentil que vous me dites depuis tout à l'heure.

{Il lui baise la main.)

RAYMONDE

Vous avez raison de le prendre comme ça.

FERNAND

Nous allons être si follement heureux, Raymonde! Songez donc! voilà. dix ans que j'attends ce jour-là!... dix ans qu'auprès de vous... et rien... jamais rien.... Alors... n'est-ce pas... vous ne pouvez pas comprendre.... Dites, faisons des projets.... Qu'est-ce que nous allons faire demain?

RAYMONDE

Nous allons nous marier... vous trouvez que ça ne suffît pas?

FERNAND

Oui, mais après?

Après? Eh bien, vous faites une conférence à deux heures à la Société de Géographie.

FERNAND

Vous êtes folle! Le mariage est à midi.

RAYMONDE

Justement, vous serez en habit... vous serez tout porté....

FERNAND

Non, vous exagérez, je vous assure....

RAYMONDE

Mais c'est vous qui exagérez. Si je vous écoutais, nous partirions pour rÉgj'pte demain soir. Vous me l'avez proposé.

FERNAND

Certainement.

RAYMONDE

Mon pauvre ami! nous venons de Sorrente, nous n'allons pas recommencer.

FERNAND

Soit! Restons à Paris, mais, alors, arrangeons quelque chose pour demain soir. Si nous dînions au cabaret?

RAYMONDE

C'est ça, nous donner en spectacle !

FERNAND

Mais non, en cabinet particulier.

Comme une grue!...,

FERNAND

Vous avez raison, dînons dans votre chambre... une collation... nous nous servirons nous-mêmes, ce sera délicieux.

RAYMONDE

Jamais de la vie! Que penseraient mes domestiques!

FERNAND

Ils penseront que nous sommes mariés.

RAYMONDE

Non, ce. n'est pas possible... toutes les femmes me comprendront.

FERNAND

Sapristi ! mais où dînerons-nous, alors?

F.AYMONDE.

Voiis êtes inouï! Mais, <ians la salle à manger. Nous causerons gentiment après dîner; je prendrai un livre, nous attendions que les domestiques soient couchés... et alors, mon Dieu, si vous êtes toujours dans les mêmes idées....

FERNAND

Elle est forte!

RAYMONDE

Eh bien, je monterai chez vous... ou vous descendrez chez moi....

Vous trouvez ça intime, vous!... Vous trouvez ça « nuit de r.oces «?

RAYMONDE

Je trouve qu'an mariage comme le nôtre ne doit pas être une orgie.

FERNA^'D.

Une orgie!...

PIERRE, entrant.

Uautomobile de madame est avancé.

RAYMOiSDE.

Mon automobile. Pourquoi?

FERNAND

C'est pour moi... il faut que je passe pour les rideaux... j'ai à voir le notaire... enfin un tas de courses... et, comme mon mécanicien est rentré tard, j'ai pensé... oa ne vous contrarie pas?

RAYMO^'DE.

Vous plaisantez.

FERNAND

Nous allons toujours à la Renaissance ce soir?

RAYMONDE

Volontiers, mon bon ami.

LE FEU DU VOISIN. i9r.

Vous êtes gentille.... Alors, ma chérie, à tout à l'heure... Tu m'aimes?

RAYMONDE

Ah! non. vous savez, c'est trop tôt.

FERNAND

Ah!

RAYMONDE

Vous n'auriez plus rien à me dire demain. Pour Tinstant, et c'est mieux, je continue à vous aimer beaucoup.

FERNAND

Ah! beaucoup?

RAYMONDE

Oui, beaucoup.

FERNAND

Enfin, à tout à Fheure.

(H sort.)

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