‹ ThéatreChapitre 67 sur 78 · SCÈNE IX FERNAND, RAYMONDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX FERNAND, RAYMONDE

FERNAND

Alors, ça... ça...

RAYMONDE, qui depuis quelques instants a entr' ouvert la porte sans être vue.

Eh bien? Qu'est-ce qu'il a dit?

Euh 1... rien!...

RAYMONDE

Rien?

FERNAND

C'est un être très simple.... C'est un Anglais...

RAYMONDE

Fernand !

FERNAND

Non, non, je dis ça... je dis ça pour me donner le beau rôle..,, mais je crois... je suis sûr qu'il vous regrette... qu'il a du chagrin...

RAYMONDE

Du chagrin ? Vraiment ?

FERNAND

Oui, vraiment.... Il avait les larmes aux yeux....

RAYMONDE

Ah!

FERNAND

Oui... vous ne vous étiez pas si lourdement trompée, Raymonde.... Une femme comme vous, d'ailleurs, ne pouvait pas... Ce n'est pas un cœur très rare, sans doute, mais ce n'est cerle? [las le premier venu... vous avez bien des excuses, Raymonde... et, même, je comprends....

PAYMONDE.

Pourquoi mentez-vous ?

FERNAND

Moi?

J'ai tout entendu.

Vous avez....

RAYMONDE

FERNAND

RAYMONDE

V^ous êtes un homme exquis, Fernand, et j'ai plus honte de moi encore que tout à l'heure.... Ah! ce petit... ce petit imbécile ! Oh ! C'est odieux 1...

(Elle pleure.)

FERNAND

Ray m onde !

RAYMONDE

Ah ! si vous saviez!... si vous saviez ce que je regrette !...

FERNAND

Non, non... ne regrettez rien...

RAYMONDE

Ce que j'ai fait, voyez-vous... ce que j'ai pu faire....

Ne regrettez rien... moi-même, je ne lui en veux pas trop, à ce petit.... D'abord, parce que, logiquement, je n'en ai pas le droit... cela s'est passé... avant. Il n'est pas de ma promotion... Et puis, parce que nous allons probablement lui devoir notre bonheur....

RAYMONDE

Gomment ?

FERNAND

Je vous l'ai dit.... Rappelez- vous... vous dormiez.... Il fallait que quelqu'un vous éveille... Vignon n'avait pas su... moi, vous m'aviez éloigné.... Eh bien, n'est-ce pas, ce petit, vous ne l'aimiez pas, ce que vous aimiez en lui, c'est le trouble d'amour qu'il vous apportait, Raymonde...

RAYMONDE

Fernand !...

FERNAND

Quelle femme pouvait s'y arrêter ? Il est comme ces insectes qui passent, qui déposent le pollen dans les fleurs, les réveillent et disparaissent. Sans cet insecte d'outre-Manche, jamais vous ne m'auriez aimé.

RAVMONDE.

Fernand...

FERNAND

Et puis, que voulez-vous? A près de quarante ans, mon amour manquait peut-être de cette flamme un peu brusque.... Mon amour était trop fervent... il n'avait que de la lumière 1

RAYMONDE, émue.

Fernand!... {Elle lui pi^end la main^ et souriant, à travers ses larmes.) Mais, pour un peu, vous me diriez : « C'est la Providence qui l'a envoyé ».

FERNAND

Je le dis ! Ah ! dame, vous savez, la Providence, pour ses 6ns mystérieuses, se sert parfois d'humbles moyens...

RAYMONDE

Vous vous moquez de moi!

FERNAND

Ah! Dieu non! Et je ne chante pas encore victoire!... Mais je suis si entêté, Raymonde, si entêté ! Alors, laissez-moi courir le risque... laissez-moi tâcher de me faire aimer... vous voulez bien ?... Tu veux bien?

RAYMONDE

Fernand... je vous...

FERNAND

Chut î... ça vous viendra...

RIDEAU

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