SCÈNE YIII
FERNAND, puis HARRY.
FERNAND, SBul, réfléchît uu instant^ puis sonne. A Pierre. Faites entrer.
{Entre Harry.)
HARRY
Oh! C'est vous, oh !... Je creyais voir madame....
FERNAND
Non.... C'est moi, Mme Vignon finit de s'habiller. Asseyezvous donc... je ne suis pas fâché de causer un peu avec vous. Si, si... asseyez-vous, asseyez- vous !
HARRY
Moi aussi, je ne suis pas fâché.... Je voulais vous dire....
FERNAND
Non, c'est moi qui ai des choses à vous dire.... Je viens de parler de vous avec Mme Vignon.
HARRY
Oh!
Vous avez fait sur elle une impression... une grande impression. Est-ce que vous saviez que Mme Vignon était ma fiancée?...
HARRY
Je m'en doutais, n'est-ce pas.
FERNAKD.
Ah!... vous vous en doutiez.... Je ne m'en serais guère douté... moi.,, à la manière dont vous lui faisiez la cour....
HARRY
Oh!... c'est que... you donH spheak english?
FERNAND
Elle ne m'a pas caché que vous lui aviez inspiré un sentiment profond.
HARRY
Périssable... très périssable....
FERNAND
Vous ne connaissez pas Mme Vignon. Elle n'est ni une femme légère, ni une femme coquette. C'est une très honnête femme. Vous avez en somme bouleversé sa vie.... Quelles sont vos intentions ?
HARRY
Rien de sensationnel... je....
FERNAND
Pourtant, vous devez comprendre qu'après ce qui s'est passé entre elle et vous, ma situation devient délicate... vous êtes trop gentleman pour ne pas le comprendre.
Oh ! gentleman... encore gentleman ! Ça est une fatalité!...
FERNAND
Oh! je comprends... votre embarras... votre gène.... Vous vous dites, en pensant à moi : « Voilà un homme qui, depuis dix ans, ne songe qu'à cette femme... qui, depuis dix ans, ne vit que pour elle... et, moi... un petit... venu de je ne sais où, j'essaie de la lui prendre... et je ne l'aime même pas.... » Voilà ce que vous vous dites.... Je conçois vos scrupules.... Je vous dirai même que, pour vous parler comme je le fais, ou tout simplement, pour vous parler, ça me coûte, ça m'est difficile, pénible, croyez-le.
HARRY
Mais... ça est une histoire... je....
FERNAND.'
Car de. vous en aller après cela, avec une pirouette, comme vous êtes venu, ça serait trop commode, convenez-en. Eh bien, dites quelque chose. Que comptez-vous faire? l'épouser, sans doute? Car je vous fais l'honneur de croire que vous vouliez l'épouser. {A Pierre qui entre.) Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qu'on me veut ?
PIERRE
Monsieur... c'est le mécanicien de monsieur Falway qui demande si ça va durer aussi longtemps que tout à l'heure.
HARRY
Laissez poser.
(Sort Pierre.)
, ^FERMAND.
Vous avez un mécanicien étrange.
HARRY
Ce n'est pas le mécanicien... c'est ma femme.
FERNAND, Stupéfait.
Hein ?
HARRY
Elle est dans le taxi-auto. Elle est comme ça dans le taxiauto depuis le déjeuner. Nous n'avons pas encore déjeuné.
FERNAND
Votre femme?
HARRY
C'est ça aussi que je venais annoncer à Mme Vignon.
FERNAND
Non!
HARRY
Je voulais lui introduire ma femme... mais probable q\;e l'occasion ne s'est pas présentée.
FERNAND
Alors, VOUS êtes marié ?
Depuis un mois. J'ai marié à Bruxelles la quatrième fille du directeur de la pension mixte. Je suis à Paris, n'est-ce pas, pour voyage de noces. Mme Falway et moi, nous sommes amoureux... ça, vous devez comprendre, pour une fois. Alors, quand elle est seule dans le taxi-auto... elle joue sur sa patte... elle est énervée.
FERNAND
Mais, alors, tout à l'heure ?
' HARRY
Oh !... je ne sais pas, mais je crois qu'il y a un malentendu.*^ sur un mot. Le mot gentleman.
FERNAND
Comment ?
HARRY
Gentleman ne doit pas vouloir dire la même chose en français qu'en anglais.... Alors... you see, je ne peux pas marier Mme Raymonde. Qu'elle me fasse un procès, si elle voudra. Ça est probable qu'elle le gagnera.
FERNAND
Quel dommage qu'elle ne soit pas là pour vous entendre.
HARRY
Je préfère pas.
FERNAND
Enfin... vous ne tenez pas k venir nous rejoindre ce soir au théâtre ?
HARRY
No. C'est ça que je venais aussi expliquer à Mme Raymonde et m'excuser à cause de Mme Falway qui....
Qui joue sur sa patte dans le taxi-auto.
HARRY
Ves.
FERNAND
Eh bien, il ne faut pas la faire attendre.
HARRY
Merci beaucoup.... {Fausse sortie. Revenant.) Je ne suis pas un mauvais garçon... vous savez... non. Je tiens à vous le dire Je ne suis pas un muscadin.
Oh!
FERNAND
HARRY
Je suis venu dans votre vie comme un chien dans un jeu de djûminos. Mais je n'avais pas d'arrière-pensée. Il ne faut surtout pas en vouloir à Mme Raymonde. Elle n'a rien fait. Elle n'a même pas fait ce que font chez nous les jeunes filles avant de se marier avec les jeunes gens.
Je n'en doute pas.
HARRY
. Quand vous êtes entré, elle me jetait dehors.... Ça me ferait chagrin considérable si je cassais quelque chose dans votre existence, juste "au moment où je suis - si heureux avec Mme Falway et où vous allez être si heureux avec une femme comme Mme Raymonde... qui... que.... Vous comprenez?
Oui.
FERNAND
HARRY
Vous ne me croyez plus un mauvais garçon, un muscadin?
FERNAND
Non.
HARRY
Alors, au revoir! Merci beaucoup.
{Il sort.)