‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 107 sur 142 · ACTE III, SCÊN'E V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÊN'E V

Il m'aime' Il m'aime encor ! Du calme, ô cœur trop triomphant ! Q,aoi! ce que m'a prédit, lorsque j'étais enfant, Ce vieux noir qui pour moi voyait luire une étoile, Serait vrai? De mou front j'arracherais ce voile Pour ceindre la couronne, et ce royal hymen Viendrait substituer dans cette faible main. Contre qui tout l'orgueil de la France conspire, Aux grains d'un chapelet les rênes d'un empire ! Un trône! un trône, à moi!... Voyons, c'est insensé! Garder un tel espoir après un tel passé. Prétendre, à cinquante ans, recommencer sa vie ! N'importe, le Roi m'aime!... Oh! ma secrète envie! Reine après les cruels affronts que j'ai soufferts De ces femmes de cour, de tous ces ducs et pairs, Q.ui, désignés d'avance à l'amitié du maître^ N'ont eu tout simplement que la peine de naître ! Être leur reine à tous! leur reine!... Je le puis! Mais je prétends rester la femme que je suis.

Parmi leurs noms pompeux et leurs luxes célèbres, Je garderai mon deuil et mes coiffes funèbres, Grande par l'esprit seul et par la volonté ; Et, sentant mon dédain jusque dans ma bonté, Ils viendront adresser leur humble révérence Bien plus à la Scarron qu'à la Reine de France ! Oh ! quel bonheur amer ! . . . Mais, je l'aurai du moins.

Pendant les dernières paroles de 3f"' de Mainienon, Samuel est entré, a reconnu la Marquise et s'est approché d'elle.

Page 1