‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 11 sur 142 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Se peut-il que l'oubli d'Irène vous outrage.

Et ne disiez-vous pas que vous ne l'aimiez plus?...

JEAN

C'est l'éternelle erreur des cœurs irrésolus.

Je l'ai dit, je l'ai cru... Bon! la chose était sûre...

Mais ce dépit cruel a rouvert ma blessure.

VÉRONIQUE

Eh bien, si vous l'aimez encore, dans ce cas, Sachez si ses parents ne la contraignent pas. Ne la maudissez point sans éclaircir vos doutes.

JEAN, amèrement.

Les femmes, les voilà! . . . Vous vous défendez toutes. . . Non, je suis sûr qu'Irène agit de son plein gré. Le richard lui plait mieux que le pauvre émigré. Quoi! les grains sont en baisse, et je prétends qu'on m'aime ! Qui donc voudrait de moi?... Mais personne ; et vous-même. Bien que vos sentiments soient désintéressés, Dites-moi francement...

VÉRONIQUE

Monsieur Jean, c'est assez!

Il n'est pas question de moi; je vous arrête.

JEAN

Ah ! pardon ! mille fois pardon ! Je perds la tête, Et je deviens méchant... Il faut partir! allons! Car j'entendrais d'ici grincer les violons De leur noce maudite... Il vaut mieux que je parte. C'est bien... Je me ferai soldat de Bonaparte. Il tombe, sur les bords de l'Adige et du Rhin, Une grêle de plonib qui guérit du chagrin. Je vais boucler mon sac, et je pars dans une heure. Votre oncle héritera de la vieille demeure ; Vivez-y tous les deux en maîtres absolus... Et priez Dieu pour moi... quand je n'écrirai plus! // sort par la gauche.

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