SCÈNE Vil
MADAME DE MAINTENON, ùuis LE ROI ET LOUVOIS.
MADAME DE MAINTENON, seule.
Samuel! Lui, mourir! Lui, le frère adoré Du seul homme pour qui j'ai souffert et pleuré! Lui qui m'a fait trouver quelque tendresse encore Dans ce cœur que la froide ambition dévore ! Non ! je réparerai le mal dès aujourd'hui. Et je veux sur-le-champ prier le Roi...
Elle aperçoit Louis XIV, qui vient d'entrer, suivi de Louvois.
C'est lui !
LE ROI
Oui, Madame, je viens présenter mon excuse. Oui, ma colère était trop vive, et je m'accuse D'avoir pu, sur de faux rapports, un seul moment. Concevoir un soupçon sur votre dévouement. Mais il a fait entendre un si noble langage. Cette conversion nous en est un tel gage.
Qjae nous ne voulons pas plus longtemps ajourner Le grand acte qui doit nous faire pardonner,
MADAME DE M AIN TEN ON , a /wr/.
Je n'ose pas comprendre !... Mon Dieu ! que va-t-il faire
Mon cœur, vous le savez, depuis longtemps diffère De prendre ce parti par plusieurs combattu. Mais tant d'affection, de charme, de vertu, L'ont enfin emporté dans ce cœur qui vous aime. Je ne puis vous placer, hélas! au rang suprême, Car le peuple nous juge avec trop de rigueur Pour pardonner aux rois les faiblesses du cœur; n admire Titus renvoyant Bérénice.
Mais que la sainte Église en secret nous unisse, Et que vous ne soyez l'épouse que pour moi, Mon peuple ne peut pas l'interdire à son Roi. Et même j'attends bien, en vous voyant si grande, Q,ue pour sa reine, un jour, la France vous demande. — Madame, voulez-vous m'accorder votre main ?
MADAME DE MAINTENUS , à part.
Sa femme, aujourd'hui même... et la reine, demain.