PROLOGUE, SCÈNE IV
MADAME SCARRON
Toujours ce même obstacle!
ANTOINE
Hélas!
MADAME SCARRON
Courage, Antoine !
ANTOINE
Je n'en ai plus. Je suis seul et sans patrimoine, A vingt-deux ans, avec un enfant à nourrir, — Ce fils que l'an dernier, presque avant de mourir, Mon vieux père eut encor de sa seconde femme. — Je suis noble, et mon droit de porter cette lame M'interdit tout travail qui me ferait manger. Que puis-je faire? Aller servir à l'étranger? Comment courir les camps avec mon petit frère? Je dois vivre pour lui ; je ne peux m'y soustraire, Mais, devant mon devoir si lourd de frère aîné. Je suis seul et sans pain... Ah! pourquoi suis-je né
MADAME SCARRON
Pour vous calmer, Antoine, une fable me tente. GesU d'etoimenunt d'Antoine.
88 MADAME DU MAINIKXON.
Vous rappelez-vous bien la maison de ma tante, Madame de Neuillant, où je vous ai connu?
ANTOINE
Certes, plus d'une fois je m'en suis souvenu . Que n'a-t-elle pas fait, cette femme inhumaine, Pour nous donner sa foi catholique et romaine, A nous, pauvres enfants chez elle recueillis ; Moi, parce que mon père était loin du pays, Et vous, parce qu'hélas! vous étiez orpheline? Comme vous, sous sa froide et rude discipline. Si mon père n'était à la fin revenu, J'abjurais... Certes oui, je m'en suis souvenu.
MADAME SCARROK.
Et vous rappelez-vous la chambre sans lumière, Si froide, dont le mur n'a qu'une meurtrière, Où l'on m'emprisonnait, pendant les nuits d'été, Seule, au pain sec, lorsque j'avais mal récité Mes quatrains de Pibrac ou mon histoire sainte?
ANTOINE
Sans doute. Brave enfant, vous alliez là sans plainte, — Et mon âme s'indigne encore au souvenir 1