‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 43 sur 142 · PROLOGUE, SCENE IV · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCENE IV

MADAME SCARRON'

Mais, c'est que ce cachot qui devait me punir Avait pris en pitié l'enfance prisonnière; C'est que le vent du soir, par cette meurtrière, M'apportait les odeurs exquises du jardin. Ainsi, n'admirez plus mon courageux dédain, Antoine, car j'aimais être en ces murs moroses Où je mangeais mon pain dans le parfum des roses.

ANTOINE

Et la moralité de l'apologue ?

MADAME SCARRON

C'est Qu'en vous la lâcheté coupable se glissait; Car, au plus Kis degré de l'humaine souffrance, Dieu nous laisse un grand bien.

ANTOINE

Et lequel?

MADAME SCARRON

L'espérance !

ANTOINE

L'espérance! Ah! pour moi ce mot est insensé!... Et, puisque vous avez évoqué le passé,

Madame, et rappelé notre enfance martyre.

Je sens que mon secret m'échappe et veux vous dire,

Quand même j'y perdrais le bonheur de vous voir,

Le sentiment cruel qui fait mon désespoir.

Je vous aime, Françoise !

MADAME SCARRON

Antoine !

ANTOINE

Je vous aime!

Oui, ce qui fait mes yeux si creux, mon front si blême, Ce n'est point le souci d'un frère à protéger, Quand je n'ai même pas de pain à partager; Ce n'est point mon passé de lutte et de misère ! Non I ce qui m'a rongé le cœur comme un ulcère, C'est un rêve brisé, c'est un espoir déçu. C'est un amour d'enfant que vous n'avez pas su !

— Madame, pardonnez si je vous mécontente ! Mais, lorsque nous étions tous deux chez votre tante,

— C'est bien loin ! vous aviez douze ans, j'en avais dix — On nous traitait ainsi que des enfants maudits;

Moi surtout, vous savez, j'étais le plus rebelle ! Eh bien, dans ce temps-là, déjà vous étiez belle !

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