‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 46 sur 142 · PROLOGUE, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE IV

MADAME SCARRON

Mais encor?

ANTOINE

Des colons, du parti protestant.

S'embarquent dans un mois, à Brest, pour l'Amérique. Jusqu'ici j'avais cru leur œuvre chimérique ; Mais maintenant, hasard ! tout ce que tu voudras ! Avec mon cher petit Samuel dans les bras, Quelque argent que j'emprunte et ma solide épée, Comme le roi Jason de l'antique épopée. Je pars, et je m'en vais chercher ma Toison d'or !

MADAME SCARRON

Quittons-nous à présent, Antoine.

ANTOINE

Oh ! pas encor !

Car, de ce que m'a dit votre adoré langage, Je voudrais emporter un souvenir, un gage. Où je retrouve enfin mon espoir tout entier,

MADAME SCARRON

Vous le désirez. Soit !

Elle va à une table sur laquelle elle prend un petit %vlunie.

Voici le vieux psautier Qji'Agrippa d'Aubigné, mon noble aïeul, naguère, Portait toujours caché sous son pourpoint de guerre. L'ami du Béarnais, le poète-soldat, Entonnait le premier, le matin du combat, Ces vieux hymnes qu'en chœur chantait toute l'armée. Bien que je ne sois plus de la foi réformée Et que Rome aujourd'hui m'ait reçue en ses bras, J'aime ce souvenir de famille. A Coutras, Il sauva mon aïeul d'un coup de pertuisane. Voyez ! le fer de lance a troué la basane Qui recouvre le livre, et l'homme en réchappa.

Elle s'assied et prend une plume.

Eh bien 1 sur le recueil de psaumes d' Agrippa, J'écris donc : Au revoir ! — et je date, — et je signe : Françoise d'Aubigné.

Elle lui donne le livre.

Tenez !

ANTOINE, trà ému.

Je serai digne Dé votre amour, Françoise, et vous me reverrez.

Tumulte au dehors. Le comte de Lude, LatMirdin et François Colletet entrent successivetiunt.

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