ACTE I, SCÈXK VI
HENRI ETT E.
Oh! oui, répétez-moi que je suis insensée, Amil
Vous souvient-il de notre traversée, Tx)rsque, de la Guyane ayant quitté le port, Le comte d'Aubusson vous avait à son bord? C'est là que vous avez deviné la souffrance Du triste passager qui revenait en France En laissant un tombeau sur la terre d'exil. C'est là, chère Henriette, oh ! vous en souvient il r Qu'un soir où le vaisseau marchait à pleines voiles Et que dans l'Océan se miraient les étoiles, Avec des yeux émus vous avez regardé Le pauvre voyageur au bordage accoudé.
De qui lame, par vous au désespoir ravie, Se donna tout entière et pour toute la vie.
IIEXRIE ITE.
Je me souviens aussi qu'alors, ô Samuel, Nous nous sommes promis un amour mutuel, iue mon père si bon, pénétrant ma pensée. Vous laissa me donner le nom de fiancée,
Et que tout mon bonheur au vôtre fut lié. — Vous le voyez, ami ! je n'ai pas oublié.
SAMUEL
Mais, si vous me gardez cette amitié constante. Pensez donc qu'en quittant l'église protestante Vous mettez entre nous un obstacle éternel !
HENRIETTE
Oh ! pardon !... Je vous fais un serment solennel...
SAMUEL
Non pas. Songez d'abord au sort qui me menace ; Songez que cet édit nous dépouille et nous chasse ; Songez bien qu'en jurant de garder notre foi Vous voulez la misère et l'exil avec moi.
HENRIETTE
Ah ! Samuel, ces mots me semblent une injure.
SAMUEL, avec joie.
Jure alors, ô ma bien-aimée !
HENRIETTE
Oui, je le jure!