ACTE II, SCÈNE II. I
UN MEMBRE DU SYNODE
C'est infâme!
M. DE TRACY
Eh non ! c'est politique.
Vous êtes un trembleur !
UN MEMBRE DU SYNODE
Et vous un fanatique!
CROIX SAINT-PAUL
Silence! C'est assez de tumulte et d'émoi. Aucun de vous n'a plus rien à dire?
SAMUEL
Si! moi; Moi qui, bien que nouveau venu parmi mes frères Oserai prononcer des paroles sévères , Car je ne comprends pas comment cet homme a pu Vous parler si longtemps sans être interrompu. Car, dans ce moment-ci, le rouge au front me monte. Car je le vois encor vous proposer sans honte, A vous, chrétiens ; à vous, nobles ; à vous, soldats, L'or affreux qui frémit dans la main de Judas! Courage! Suivrez-vous jusqu'au bout cet exemple?
l6o MADAME DE MAINTENON.
Cet or, cent fois maudit, qu'il jeta dans le temple Quand le feu du remords enfin le consuma. Et dont on a payé le champ d'Aceldama, Fermerez-vous sur lui votre main mercenaire? 11 a vendu son Dieu. Vendrez- vous votre mère? Ah ! vraiment, cela trouble et passe la raison ; Pour sa croyance avoir supporté la prison. L'amende, les excès brutaux des garnisaires, Par avance accepté l'exil et ses misères, Et coupé son bâton, déjà, pour le chemin ; Puis, au dernier moment, et, touchant de la main La palme du martyre au champ du ciel fleurie, Se laisser proposer de livrer sa patrie ! — C'est impossible ! non, la rage des partis Ne peut pas vous avoir à ce point pervertis. Je ne crois pas qu'aucun d'entre vous se décide A commettre ce lâche et cruel parricide! Vous êtes des Français, et vous en souviendrez ! Si vous accomplissez ce crime, ô conjurés 1 Si vous abandonnez ce sacré territoire Dont la moindre cité porte un nom de victoire ; Oui, si vous oubliez, pour vous venger du Roi, Le grand Condé, jetant son bâton à Rocroy, Jean-Bart, liant son fils à son mât de misaine,