ACTE III, SCÈNE II
Je suis bien lasse 1 Comme ils savent haïr, ces prétendus chrétiens 1 S'ils connaissaient le prix des faveurs que j'obtiens, Comme ils m'épargneraient leur basse jalousie! Certes, je n'aurai pas pour toi l'hypocrisie De paraître accepter mon sort comme un devoir. C'est un enivrement bien fort que le pouvoir, Et je ne ferai pas la désintéressée, Xanon, car tu connais ma secrète pensée Et, pour me consoler de mes longs jours d'ennuis. Quel rêve audacieux hante toutes mes nuits ! — Mais mon œuvre est si lente, et si lourde est ma tâche, Et ce monde des cours si méchant et si lâche, Que parfois le regret entre en ce coeur lassé Et l'entraîne avec lui vers le lointain passé 1 Oui, près d'un roi qui m'aime, à l'ombre de ce trône. Souvent je me revois dans le vieux salon jaune. Jeune femme accoudée au fauteuil de Scarron, Et j'écoute causer son gai décaméron.
Puis, c'est notre mansarde et les longs mois d'épreuve. Lorsque tu reprisais mes vieux habits de veuve Et lorsque je vivais, — courage aidé du tien, — Attendant de Dieu seul mon pain quotidien...
MADAME DU MATNTKNOX.
Pauvre et libre jeunesse!... Oui, c'est étrange comme Hier j'étais émue en voyant ce jeune homme! Pour lui je me sens mère et mon cœur a battu. Mais non! il me méprise, il me hait, entends-tu? Oui, cet enfant me hait, ainsi que tout le monde. Oh ! quand il me parlait avec sa voix profonde. J'ai cru que Dieu voulait, par lui, me châtier.
De grâce 1 . . .
MADAME DE MAINTEKOK.
Et qu'as-tu fait, Nanon, de ce psautier Du pauvre mort?
Hier, je l'ai serré — pour cause ! — Dans votre chambre, au fond du coffre en bois de rose. Et j'ai soin de fermer ce meuble à triple tour. Je crains les espions.
Ah! cette horrible couri