SCENE PREMIERE LE PRINCE, DUXCAX
Au lever du rideau, le Priiue, velu de scn cts'.umt de montagnard réduit à l'état de IxiiUons, est assis sur «tu rotlx, dans une attitude aecahlce, Duncan, dont les habits sçnl aussi misérables que ceux du Frinc-, eu i/./i ni .mtrrs de lui.
Li: l'Rixci;.
Duncan, je n'en peux plus I Duncan, j'ai froid !... j'ai l'aini i
ACTn V, scuN'n i
DUXCAX.
Courage! Vos malheurs sont tout près de leur fin. Courage ! Le repos et le salut sont proches. A sept ou huit cents pas, en prenant par les rochçs, Nous trouverons cni'm la baie où nos amis Rejoindront Votre Altesse, ainsi qu'ils l'ont promis... Un effort, Monseigneur! et la peine est finie.
Ln PRIX en.
Monseigneur ! . . . Votre Altesse ! ... Ah ! navrante ironie ! Marcher encor, Duncan? Je l'essaierais en vain... Ton Seigneur est trop las... Mon Altesse a trop faim !...
DUNCAX.
Je vous laisserais bien dans ces rocs solitaires Pour vous chercher du pain ... Mais rentrer dans les terres, C'est imprudent ; et nous pourrions être trahis. Par là, c'est plein d'Anglais qui fouillent le pays... Ma gourde est vide !... Rien à manger, rien à boire!... Mon cher Prince, courage!... Après ce promontoire. Nous toucherons le but, nous serons arrivés. Lochiel, miss M.ic-Donald, vingt amis éprouvés Seront là... Le vaisseau français que l'on signale Et qui vient recueillir Votre Altesse Royale, Peut, ce soir, être en vue, avec ce vent du Nord... Nous aurons un canot pour vous conduire à bord. Sur le pont du Conti, vous serez comme en France... Oui, ce soir, — croyez-en mon ardente espérance, — Vous verrez les trois lys de son blanc pavillon Et sçre? salué par son coup de canon,
LE PRIX CE, loiiihé dans une viéditaîicn âcuhureiise el se parlant à lui-même.
Et je fus un Roi... presque!... Et des vaincus serviles M'ont, sur des plats d'argent, offert les clefs des villes ; Aux pieds de mon cheval leur respect s'est rué, Et plus d'un orgueilleux Anglais m'a salué Des titres de Régent et de Prince de Galles ! Tous, humbles fronts bourgeois, fières têtes ducales. Se courbaient pour poser leurs lèvres sur ma main Alors que je suivais mon belliqueux chemin, Sentant planer sur moi les ailes envolées Du drapeau, cet oiseau sublime des mêlées!... Que ce rêve était beau! Je crois le faire encorl... Mais non !... Comme on enlève, au théâtre, un décor, Comme passe, sur l'herbe, une ombre de nuage, Il a fui !... Tous mes grands espoirs ont fait naufrage ! L'homme qui pouvait voir, jadis, dans Edimbourg, Lorsque battaient aux champs le fifre et le tambour, Aux portes d'Holyrood s'incliner ses bannières, Dispute aux animaux des forêts leurs tanières; Le fugitif, errant au soufile du malheur, S'estime trop heureux qu'un pâtre ou qu'un voleur. Lui faisant place au feu, le traite en camarade; Le général, brillant naguère à la parade, (jrelotte au vent d'automne en haillons de tartan ; Au seuil d'une masure, on dit parfois : « Va-t-cn ! • Au Prince qui coucha dans le lit de ses pères; Et le chef qui, dans les festins, vidait les verres Où le vieux vin de France allumait ses rubis,