‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 156 sur 159 · ACTE V, SCI- NE II r · texte numérisé non relu

ACTE V, SCI- NE II r

Ooio sa parole, elle est la Patrie elle-même! Tu peux partir, braver la mer et son péril, Va! les tombeaux seront indulgents pour l'exil.

LE P R I N c

L'exil I SouflVance anière et que j'ai trop connue I L'exil aux jours sans fin, où toujours diminue Et recule toujours de plus en plus l'espoir, Comme un navire en mer dans la brume du soir!

Dans les pays dorés, dans les cités célèbres.

Oui ! tu regretteras l'Ecosse aux cieux funèbres

Et songeras, rêveur sous un climat vermeil.

Que la chaleur du cœur vaut mieux que le soleil !

Mais par les belles nuits de France ou d'Italie,

Quand tu souffriras trop de ta mélancolie,

Pense à nos nuits du Nord, sereines par hasard...

La lune, tout à coup dissipant le brouillard,

Se mire dans le lac où les daims viennent boire;

Les astres sont brillants, la campagne est moins noire,

On distingue les pics neigeux à l'horizon ;

Et le son d'un pibrock, venant d'une maison

Où veille une lumière et qu'un pauvre homme habite,

Soudain s'élève et joue un vieil air jacobite...

Quand tu verras briller les astres au ciel pur,

Pense à nos froides nuits de triste et pâle azur.

Où passe quelquefois la musique confuse

Que joue une lointaine et douce cornemuse!

Dis-toi qu'on se souvient là-bas de l'exilé,

Venu dans le pays qui l'avait appelé

Pour y combattre en brave et lui laisser la gloire

Et l'honneur, deux trésors plus chers que la victoire.

Oui ! si loin que l'exil t'emporte, dis-toi bien

Que les cœurs écossais battent avec le tien ;

Et tu souffriras moins de tes pleurs solitaires,

O proscrit! en songeant que, dans les Hautes-Terres,

Le montagnard, mis au carcan par ses bourreaux.

Pleure son jeune chef, son Prince et son héros î

LE PRINCE

Mon Dieu! Quel souvenir de tendresse, quel gage D'amour pourrait répondre à ce touchant langage? Ah! je pleure! Mon cœur palpite à se briser 1

MARIE, tombant dans les bras du Pritue.

Eh bien! laisse-moi donc te rendre ton baiser...

Celui que je reçus comme une fiancée !

LE PRINCE, l'embrassant.

O Marie 1

Et ma main, ma main faible et glacée, Mais que fait de l'Ecosse cncor frémir l'esprit, Bénira les adieux de l'enfant au proscrit! O Prince, souviens-toi ! Par ces lèvres de femme, Toute une nation t'abandonne son âme!

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