ACTE Iir, SCÈNE IV
Et balayez la place à coups de bois de lance... Ici, les prisonniers... auprès du piédestal... Le maître va venir.
s H V E R O , à part.
Voici l'instant fatal.
LIPPO, ivyani entrer Barnalv.
Mes amis, c'est notre homme avec toute sa bande.
En ce moment, Barnalo Spinola paraît, suivi de hallchardiers. Il est armé de pied en cap ; un page marche auprès de lui et porte son moriott sur un coussin. La nuit est tombée tout d fait; quelques Ixmmes de la suite de Spinola tiennent des torclvs. — Rumeur.
BARNABO, montrant la foule au harigel.
Si l'un de ces manants pousse un cri, qu'on le pende !
Les soldats écartent la foule d coups de bois de lance et rangent les dix prisonniers auprès du lion.
SEVERO, à l'écart, parlant à demi-ivix.
Il est là... Le moment horrible est arrivé... M.iis non, c'est impossible, et ma mère a rêvé! Lui! mon père !...
RENZO, à Set'erc.
Voyons ! qu'as-tu ? Tout ton corps tremble.
SEVERO
Laisse-moi... Je n'ai rien...
Il fait deux ou trois pas vers Barnabo et le regarde ; puis, se détournant axtc effroi :
Horreur ! ie lui ressemble !
BARKABO, à i^ix haute.
Pour la dernière fois, hommes qui m'écoutez, Sachez-le : — Dix lions viennent d'être insultés. Or, je ne souffrirai jamais qu'on injurie L'emblème de Florence et de la Seigneurie. Je prends dix têtes... et, d'après le talion, Demain, j'en veux donner une à chaque lion Pour y poser son pied comme sur une boule. Pourtant, s'il se dénonce et s'il sort de la foule, Celui-là dont la main souilla ce monument, — Pardieu ! vous le voyez, je suisencor clément... — Si j'ai le vrai coupable, eh bien ! je m'en contente ! Maisc'estbeaucouppourmoi que douze heures d'attente Les otages mourront demain, à l'Angelus; J'attendrai jusque-là, — pas un instant de plus... Donc, s'il veut les sauver, que l'homme parle vite,
SEVHRO, à pari.
Quelle inspiration me vient, bonne et subite!... Je puis mourir, sans que ni Dieu ni mes amis Me reprochent de fuir l'affreux acte promis. Sauver des innocents, expier ma naissance...
Haut, et s'avatiçafil vivement devant Barnafs).
Barnabo Spinola, tu vois en ta présence
Le Pisan indigné dont la main a sali
Ces emblèmes... C'est moi, Scvero Torclli.
LA FOULE, fli-A.- MU U>ng en' Je douleur.
Ah!...
ACTEIII, SCÈNEIV 69
BARNABO, troublé.
Tu prétends?...
SEVERO
Je suis coupable. Prends ma vie.
ERCOLE, à Ren^o.
Ce serait lui?
Jamais... L'enfant se sacrifie...
O trop généreux cœur !
BARNABO, au harigd, qui a fait quelques pas vers Sei'ero.
Barigel, un moment !
Ne vous emparez pas de ce jeune homme : il ment.
SEVERO
Je mens!... Oh! ne pouvoir venger un tel outrage;
BARNABO.
Non, Torelli! je rends justice à ton courage. Tu risques bravement la mort sur l'échafaud. Mais, à moi, c'est le vrai coupable qu'il me faut. Tes générosités sont par trop ingénues; Enfant, tes actions me sont toutes connues. Et tu n'es pas sorti de chez toi cette nuit.
SEVERO
Le coupable, c'est moi, te dis-je!
70 SEVEROTORELLI
BARNABO, venant près de Sn'cro et lui parlant bas. Pas de bruit!
Tu me hais, je le sais, comme une bête fauve. Cependant, laisse-toi sauver, quand je te sauve. Je sais ce que je fais, et surtout garde-toi, Imprudent compagnon, de demander pourquoi; Garde-toi d'adresser cette question folle, Entends-tu? car je n'ai qu'à dire une parole. Et tous les tiens et toi, — tu comprends ? tous les tiens,— Ton père, ce modèle entre les citoyens, Ta mère, que tu dois adorer plus encore... Je n'ai qu'un mot à dire... et je vous déshonore!
s E V E R O , terrifié, à part.
Il le peut! J'oubliais l'horrible vérité!
BARXABO, à xvix Ixiute.
Severo Torelli convient qu'il s'est vanté;
Il me suffit d'avoir confondu ce jeune homme...
Maintenant, finissons... Que l'insulteur se nomme!
— Pour la dernière fois je le répète ici, —
Ou bien, avec le sang des hommes que voici.
Je saurai bien laver — ayez-en l'assurance ! —
Le grand outrage fait aux armes de Florence.
A sa suite.
En route !
// sort axrc son cortège. La foule les suit.