SCÈNE VI
SEVERO, seul.
Dans une heure!... Oui, voilà la question posée : Parricide, ou parjure!... Ah! ma force est brisée; Dans ma poitrine un feu brûle en me consumant... Me tuer, c'est encor manquer à mon serment; Cela m'est interdit... Non ! il faut que je vive... Voilà la question, voilà l'alternative : Me parjurer, trahir,... ou tuer Barnabo!... Tu n'en sortiras pas!... Étreins-toi le cerveau, Malheureux, tords tes mains, pleure, sanglote et crie, C'est ainsi: Parricide, ou traître à la patrie!... Ah! puisque tout chemin me conduit à l'enfer, J'y veux aller du moins le front haut, le cœur fier. . . Je le tuerai ! . . . Tantôt, n'a-t-il pas eu l'audace De me jeter ici ma naissance à la face? Je tiendrai mon serment, je tuerai Spinola!... Oui, mais revoir ma mère après ce crime-là! Tendre, pour rembrasser,mes deux mains toutes pleines Du sang, du même sang qui coule dans mes veines! C'est impossible!... non! je ne pourrai jamais!... Que je suis malheureux ! Et hier encor, j'aimais
Mon pays, mes parents, mes amis, la nature,
La beauté. J'espérais tout de l'heure future;
Je voulais Pise libre et je croyais en Dieu ;
J'avais vingt ans, mon cœur était comme un ciel bleu ;
Et, sans que la patrie en pût être jalouse,
Bien souvent je rêvais de quelque blanche épouse
Et devant une fleur je soupirais d'amour...
Mais maintenant je traîne à mon flanc ce vautour !
Je ne crois plus à rien qu'au crime, à l'adultère!
J'ai cent ans, je suis vieux, je suis mort. . . Qu'on m'enterre
Oui, je meurs de fatigue... Allons ! creusez mon trou !
Et pour moi ce sera vraiment un bonheur fou
Qjiiand la terre, tombant sur ma face farouche,
M'aveuglera les yeux et m'emplira la bouche!
Il tombe épuise sur un banc, devanl le lion. En ce moment, un concert d'instruments, peu éloigné, se fait entendre et joue le prélude d'une sérénade; puis une wix de jeune homim s'eTètv
et chante.