SCÈNE VU PORTIA, SEVERO
PORTIA, doucement.
Severo !
SEVERO, tressaillant.
Moi ! . . . mon nom !
Une femme!...
n recule, e'tonné.
PORTIA
Oh ! restez... Ne me fuyez pas... Non !.. . Severo, cet instant dans ma vie est suprême.
SEVERO
Mais qui donc êtes-vous r
76 SEVEROTORELLI
Une femme qui t'aime!...
Et qui, pour te jeter ce mot qui l'étoufFait, Va! depuis bien longtemps te cherchait, te suivait, Sans avoir pu trouver le moment favorable... Avant cette nuit-ci, cette nuit adorable, Où je puis, aux lueurs des étoiles des cieux, Voir mes astres chéris, enfant, qui sont tes yeux. Te dire mon amour en paroles confuses... Et te prendre la main sans que tu la refuses !
SEVERO, ahaïuhii liant sa main à Portia.
Vous m'aimez?
PORTIA
Ah ! toucher ta main, monbien-aimé !
Mon coeur s'épanouit comme une rose en mai... C'est sa main, et je puis la porter à ma bouche !... Ah ! vous ne savez pas, vous avez l'air farouche, Messire, et bien des fois, pour vous ouvrir mon cœur, J'ai voulu vous parler, mais vous me faisiez peur... C'est rare, n'est-ce pas, quand on vous voit sourire? Je t'aime ainsi!... Voyons! tu vas me laisser dire Comment cela me vint... Maié, par où commencer? Ah, oui! c'était un jour que je vous vis passer Là-bas, sous les figuiers, près de Saint-Jean l'Apôtre; D'une main vous touchiez votre épée, et de l'âutre Vous teniez une fleur... Ah! dès que je te vis, Je t'adorai!... Pendant longtemps je vous suivis; La fleur tomba, je l'ai bien vite ramassée.