‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 50 sur 159 · ACTE Iir, SCéNE VII · texte numérisé non relu

ACTE Iir, SCéNE VII

Et — ne vous moquez pas de la pauvre insensée ! — J'ai dévoré la fleur en me réjouissant De ce qu'un peu de toi me passât dans le sang. Mais oui, mon Severo, voilà comment je t'aime... Je ne te prierai pas de m'aimer, oh! pas même De me le dire, non 1 ni de faire semblant. Je n'ose même ici te parler qu'en tremblant. Je suis belle pourtant, mais j'ai comme un présage, Quand tu sauras mon nom et verras mon visage, due tu diras un mot qui me fera bien mal... Jamais tu ne pourras m'aimer; mais, c'est égal, Tu me laisses ta main, la nuit est amoureuse, J'ai pu te voir de près... et je suis bien heureuse!

SEVLRO.

O pauvre, pauvre femme!... Ah! celle-là, du moins, Nature, vaste ciel, vous en êtes témoins. Celle-là, ce n'est pas un Torelli qu'elle aime ! Non I ce sont mes vingt ans, ma jeunesse, moi-même ! Je trouve ce bonheur sur mon affreux chemin ! Femme, écoute-moi donc... Je serai mort demain.

Toi!

SEVERO

Mais, qui que tu sois, viens, écarte ce voile. Dans mon horrible nuit, tu parais, douce étoile.. Viens! Je ne dois plus voir éclore un autre jour. Mais je ne mourrai pas sans un baiser d'amour !

78 SEVEROTORELLI

// la prend dans ses bras, écarte le voile, la reconnaît, et, hrusquemcnt, la repousse avec horreur,

Portia ! Sa maîtresse ! Oh ! . . .

PORTIA, tomlant sur les genoux.

Je suis condamnée.

SEVERO, au comble de l'égarement.

Injuste Dieu!... Sais-tu quelle est ma destinée? Pise met dans ma main le fer du justicier: C'est un père qu'il faut frapper de cet acier. Je rencontre une femme en ma route funeste: Elle m'aime et me tend son baiser... C'est l'inceste!

PORTIA

Mon Dieu ! De quel délire effroyable est-il pris ? Je ne le comprends pas... Mais je sens son mépris M'accabler, et sa haine est pour moi meurtrière... Je défaille... Au secours!

Elle essaie de se traîner ivrs lui.

SEVERO, ax'ec épouvante.

Arrière! Arrière! Arrière!

// ^enfuit ; et Portia s'évanouit, tandis que la musique de la sérénade se fait entendre de nouveau dans l'eloignement. Le rideau tombe.

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