‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 65 sur 159 · ACTE V, SCUN'E IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCUN'E IV

Le tyran dont le pied de fer est sur nos têtes; Florence qui produit, depuis ces temps derniers, Tant de noirs podestats, d'affreux gonfaloniers, Sur Pise a su placer son plus cruel Tibère... Mais depuis que je sais que vous êtes mon père, Et comment, et pourquoi vous l'êtes, oui ! depuis due je sais votre crime et quel bâtard je suis, La haine qui se creuse en mon âme qui souffre Est telle que je n'ose en mesurer le gouffre. Et mon regard fixé sur le vôtre est pareil A celui de Satan regardant le soleil!

BARNABO.

Jeune homme...

Appelle-moi ton fils, infâme ! et tremble ! Un fils de toi doit être un monstre, que t'en semble? C'est logique ; et puisque ce fils t'exècre, eh bien! Il va probablement te tuer comme un chien...

BARNABO.

Me tuer!

Tu pâlis, et mon regard te glace...

Je me croirais perdu, tenez, à votre place.

BARNABO.

Me tuer!

rOO SEVERO TORELLI

J'en ai fait le solennel serment, Hier même, devant le Trcs-Saint-Sacrement. Voulant débarrasser de toi notre patrie, Nous nous étions armés quatre pour la tuerie; Et l'honneur du premier coup m'était décerné.. Hélas! je ne savais pas de qui j'étais né!

Q.ui te l'a dit ?

Q.ui m'a révélé votre crime Et ma honte? Qui donc? Si ce n'est la victime... Ah! qui pouvait me faire un tel aveu, sinon Ma mère?... Scélérat! j'ai prononcé son nom : Je songe à ses vingt ans de remords et d'alarmes!... Prendsgarde... Ah ! tout ton sang contre une de ses larmes !

BARXABO.

Prends-le donc.

Malheureux !... Ah ! ne me tente pas ! Écoute, tu ne peux échapper au trépas... Ce devrait être fait... Attendant que je sorte Tout sanglant, mes amis veillent à cette porte. Plus de secours possible... Eh bien! écoute-moi... Je te hais! mais un fils de toi — même de toi! —

ACTT. V, SCENE IV

Peut hésiter devant un crime, et la clémence

De la nature humaine est cependant immense;

Car, quels que soient déjà les sentiments pervers

Qu'en me sachant ton fils je me suis découverts.

Il reste assez en moi de ma mère martjTe

Pour remettre au fourreau ce poignard que j'en tire.

Pour ne pas écouter le conseil de Satan,

Pour t'offrir le salut, pour te dire : « Va-t'en ! »

Pour résister enfin à mon horrible envie...

Et, bien qu'en épargnant ta misérable vie

Je manque à mon serment, au devoir, au pays,

Je puis le faire encor... mais si tu m'obéis.

BARNABO.

Obéir!... Recevoir vos ordres!

Ah! refuse...

Refuse ! et mes amis, que déjà je m'accuse De tromper, pourront voir un spectacle hideux ! Refuse ! et ce couteau nous tuera tous les deux.

BARNABO.

Enfin... qu'exigez-vous?

SEVERO

Donnez-moi l'émeraude Que vous avez au doigt. Je commettrai la fraude De porter cette bague à mes jeunes amis, En mentant, en disant que le meurtre est commis.

duand ils auront la bague, ils se serviront d'elle Et se feront d'abord livrer la citadelle, Sur l'ordre qu'on croira timbré de votre main. Le vieux drapeau de Pise y flottera demain. Car, pour venir en aide à l'émeute hardie, Le roi Charles déjà chevauche en Lombardie... Vous m'attendrez ici, caché; dans un moment, Je reviens, je vous donne un bon déguisement, Celui d'un serviteur de ma maison, ma bourse Pleine d'or, un cheval excellent pour la course; Je vous mets hors la ville, et vous vous en irez Droit devant vous, bien loin... enfin, où vous voudrez! Pourle corps... oui, je puis inventer quelque histoire... Je séduirai le moine et je leur ferai croire due nous avons jeté le cadavre à l'Arno... Et je vous sauve ainsi, — Donnez-moi votre anneau.

BARNABO, railleur.

C'est très ingénieux... Vraiment, je vous admire! Mais ce que vous m'offrez, je pense, c'est pour rire. Pendant que vous parliez, d'honneur! je suffoquais. Ainsi, je vais m'enfuir sous l'habit d'un laquais, Je reçois votre aumône et la mets dans ma poche... Allons! vous êtes fou, jeune homme, sans reproche. D'avoir un instant pu croire qu'on vous cédât. Je suis un gentilhomme et je suis un soldat. Mon cher, et j'ai le front trop haut pour que je passe, A n'importe quel prix, sous cette porte basse... Sur votre bon cheval, je devrais, n'est-ce pas, Au quadruple galop m'en retourner là-bas?

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