ROBIN
Eh bien, non !
Aussi vrai que Robin le Berger est mon nom Et que c'est toi, Duncan le Chasseur, qui me parles, Je ne croirai jamais, moi, que le Prince Charles, Qu'un fils de roi — combien voudrais-tu parier? — Soit ainsi revenu comme un aventurier.
LE VIEIL ÉXOCH.
Prends-y garde! On a vu choses plus surprenantes.
Mais c'est le bruit public ! Il arrive de Nantes, Avec quelques Français, des compagnons choisis. Sur un vaisseau bondé d'armes et de fusils. Le Prince, débarqué près d'ici, vers les îles, A, chez les Mac-Donald, trouvé de sûrs asiles. Plusieurs chefs l'ont déjà visité, dont les clans Payèrent aux Stuarts bien des impôts sanglants: Ils venaient pour blâmer le jeune téméraire; Mais, à son seul aspect, il parait qu'au contraire, Au cœur de tous les chefs a tout à coup monté Un flot de loyalisme et de fidélité.
Devant ce fils de roi, jeune, charmant et brave, Que la mer leur semblait rendre comme une épave Et qui leur souriait, l'.iir confiant et doux. Criant: « Vive le Roil » tombant tous à genoux,
ACIL 1, iSCESU I 115
Ils ont baigne ses mains de leurs larmes de joie. 11 parait, mes amis, qu'il suffit qu'on le voie Pour se donner à lui d'un entier dévouement, Et que, s'il surgissait parmi nous brusquement, Ce Chariot, dont nous ont tant parlé nos aïeules, Nos lames sortiraient du fourreau toutes seules!
LE VIEIL ENOCH
La mienne y restera, garçon.
ROBIX.
La mienne aussi.
DUNCAN
Ne sommes-nous donc plus bons jacobites?
LE VIEIL ENOCH
Si!
On se souvient que c'est grâce aux gens de Hanovre Que l'Angleterre est riche et que l'Ecosse est pauvre ; On n'a pas oublié que tout le mal vient d'eux ; On aime les Stuarts; on hait ce Georges deux; Et si, pour renvoyer là-bas, à sa mangeoire, Ce cheval d'Allemagne à la lourde mâchoire Qui s'est contre tout droit dans nos prés mis au vert, Un espoir de succès, un seul, était offert, Eh bien, on essayerait! on nous verrait encore Décrocher le mousquet, mettre au vent laclaymore. Et sur les vieux pibrocks jouer les airs anciens. Mais le diable est avec tous ces Hanovriens, Et notre humble prière, à nous. Dieu la dédaigne;
Il6 LES JACOBITES
Car nous sommes vaincus, car notre pays saigne Des efforts surhumains obstinément tentés Pour nos Rois en exil et pour nos libertés ! Toujours lutter pour rien, lutter sans espérance ; A quoi bon? Ce Stuart, qui nous tombe de France, De tous ceux qui sont morts pour lui sait-il les noms? On a construit des forts hérissés de canons. Prêts à nous foudroyer, si le Haut-Pays bouge; L'Angleterre a posé partout son soldat rouge, Maudit coquelicot qui ronge notre blé.
Et je dirais, devant tout le clan assemblé, Que les rébellions désormais seront vaines. Et que nous sommes las de nous ouvrir les veines.
DUNCAN
Cependant ces soldats rouges, galonnés d'or. On les a battus !
LE VIEIL ENOCH
Oui, le chardon pique encor; Oui, le cerf découdra quelques chiens de la meule; C'est bien sûr ! Si, demain, éclatait une émeute, Parbleu! nous pourrions voir encor les Anglais fuir Comme à Killiecrankie et comme à Sherif-Muir. Mais après? Ils viendront mille contre un,tcdis-jc! Qii'y faire? Pour les vaincre, il faudrait un prodige.
UUNCAN.
Oserais-tu donner de si prudents avis
Au chef? et penses-tu, dis-moi, qu'ils soient suivis?