BU G DES
Mais le roi Jean?
LE COMTE
Le roi fut parmi les derniers Qui tinrent bon autour de la vieille bannière : Terrible, ensanglanté, secouant sa crinière, Longtemps il arrêta les Anglais menaçants. Auprès de lui, son fils, un enfant de treize ans, Parait les coups. Tous deux avaient une blessure, Et, bien qu'à ce moment la défaite fût sûre Et que par la saignée ils fussent affaiblis, Ils se battaient encor pour la gloire des lys. Ah ! ce sont deux héros! ce sont deux cœurs sublimes ! A leurs côtés, mon fils et moi, nous combattîmes Jusqu'à la fin, tenant les Anglais en échec... Mais tout était perdu. Quand Denys de Morbec Reçut le gant du roi dont l'arme était brisée, Réunissant alors notre force épuisée, Invoquant saint Michel, et, la hache à la main, A travers l'ennemi nous frayant un chemin, Nous pûmes, tout couverts de sang, comme en démence, Sorlir sans déshonneur de ce désastre immense... — Ah ! je me sens mourir ! Chapelain, absous-moi !
Je suis un grand pécheur, mais je meurs pour mon roi. Pour la France î
Le chapelain étend la main sur la tête du comte, qui défaille. LA COMTESSE, avec désespoir.
La France est perdue et flétrie !
LE COMTE, se redressant.
Qu'ai-je entendu? Qui donc doute de la patrie? Plus près, enfants, plus près ! Que je vous sente tous. J'ai quelque chose encore à vous dire. A genoux ! A votre âge, on oublie aisément; mais j'espère Que vous vous souviendrez d'avoir vu votre père Mourir devant vos yeux en maudissant l'Anglais. Les hontes d'aujourd'hui, mes enfants, lavez-les! Grandissez, car l'espoir des vengeances lointaines Est en vous; devenez soldats ou capitaines; Mais songez aux aïeux et chassez ces maudits! Et, pour vous rappeler les choses que je dis, Plus tard, quand il faudra, je veux que ma blessure A vos têtes d'enfants laisse une éclaboussure... Je vous lègue à la mort, tout en vous bénissant. Soyez braves!... Adieu, fils marqués de mon sang!
Il plonge sa main dans sa blessure béante et la pose, toute sanglante, sur le front de ses quatre fils.