SCÈNE PREMIÈRE OLIVIER, CLOTILDE
On entend au dehors des fanfares de chasse qui s'éloignent. CLOTILDE, au fond de la scène et parlant au dehors.
Messire Du Guesclin, bonne chasse !
OLIVIER
Il s'éloigne
Et je ne doute pas que bientôt il ne joigne Cette louve qui m'a décimé mes troupeaux. Brave ami ! C'est ainsi qu'il use du repos De la trêve. Chacun, débouclant sa cuirasse, S'en va vite revoir sa femme qu'il embrasse Et son petit enfant qu'il retrouve grandi ;
Mais le rude Breton craint trop d'être engourdi
Par les molles douceurs du lit et de la table;
Et, s'il entend parler d'un gibier redoutable,
— Que ce soit un routier anglais ou bien un loup, —
Du Guesclin, excité par l'espoir d'un beau coup,
Va l'attaquer, le tue, et rapporte la tète
Ou le butin sanglant de l'homme ou de la bête.
CLOTILDE
Vous aimez Du Guesclin?
OLIVIER
Certes, il m'est bien cher, Et nous sommes unis comme l'àme et la chair, Tous deux, par des liens qui ne sont pas fragiles; Car enjoignant nos mains sur les saints Evangiles, Nous nous sommes juré, pour nous et pour nos hoirs, Par sang et par fiance, et par tous nos pouvoirs, Contre tous, en tous cas de péril ou d'esclandre, De toujours nous aider, conforter et défendre, Sauf contre l'ancien droit, qui n'est jamais caduc, Des suzerains : le roi de France et le bon duc De Bretagne, pour qui sire Bertrand commande La tour de Pontorson sur la côte normande. Que celui qui rompra le pacte soit honni!