ACTE I, SCÈNE I
CLOTILDE
J'ai donc bien fait, cousin, de venir à Mauny,
Car je puis, dans un temps troublé comme le nôtre,
Avoir un jour besoin de son bras et du vôtre.
OLIVIER
Vous menacerait-on?
CLOTILDE
Peut-être. Mon mari...
OLIVIER
Le bâtard de Mareuil !
CLOTILDE
Oui, le vil favori De Charles le Mauvais est toujours en intrigue. Il voyage, ourdissant on ne sait quelle ligue Entre le Navarrois et les gens d'outre-mer, Dont il dépend, étant bailli de Saint-Omer Et viguier de Saint-Jean-de-Luz en pays basque.
OLIVIER
Une ligue ! Tant mieux ! Qu'ils jettent donc le masque ! Cette trêve menteuse a duré trop longtemps : Qu'ils la rompent! Pardieu! nous serons tous contents.. Oui, mais Charles, ce roi de France au cœur de lièvre, Sera-t-il enfin pris de quelque noble fièvre?
J'en cloute, car depuis déjà huit ans entiers Il porte le front haut sa honte de Poitiers.
CL0TILDE.
C'est vrai, mais cette fois il faudra bien qu'il ose, Car il doit se tramer contre lui quelque chose De grave. Mon mari se démène. À Bordeaux, Il est allé, le mois dernier, trouver Chandos Et voir le Prince Noir, dans le plus grand mystère. Moi qui vis seule dans Hartecelle, ma terre, Sous la protection du roi Charles, j'ai su Qu'autour de mon château des gens l'ont aperçu, Sous un déguisement, en espion qui rôde. La guerre déclarée, il tentera par fraude Ou par un coup de main d'enlever mon manoir; Aussi, mon cher cousin, comme il faut tout prévoir. Par avance je viens vous demander votre aide.
OLIVIER, avec chaleur.
Ma cousine, c'est bien. Tout ce que je possède, Mon trésor, mes vassaux et mon bras sont à vous. Hélas ! pourquoi faut-il qu'à cet indigne époux, Jeune fille, on ait pu vous livrer sans défense!... Oh ! qu'il est loin le temps béni de notre enfance Où j'admirais déjà vos yeux ensorceleurs ! Je vous servais de page et portais vos couleurs,