SCÈNE II
Mais j'entends murmurer en moi la sourde émeute De tous mes sentiments d'orgueil et de fierté. Et puis on dit qu'elle est d'une étrange beauté, Qu'on respire, en vivantprès d'elle, une atmosphère Funeste. Enfin, j'ai peur. Dites, que dois-je faire V Madame, je me fie à vous en ce moment. Vous m'avez repoussé, c'est vrai, mais doucement ; Vous ne vous êtes pas sans peine décidée; Et, je ne sais pourquoi, je garde cette idée Que pour moi votre cœur est maternel et doux, Que je vous intéresse et qu'un conseil de vous Me portera bonheur et pour toute la vie. J'attends votre ordre. — Dois-je aller chez la Silvie?
SILYIA, à part.
J'ai bien compris. Demain il serait revenu. Ce passant qui s'appelle Amour, cet inconnu Dont la vue a rempli mon âme de tendresse, C'est à moi, bien à moi, que le destin l'adresse C'est le bonheur qui passe, et je le chasserais ! Non. C'est trop étouffer mes sentiments secrets, Et je veux...
ZANETTO
Êtes-vous donc si peu mon amie Que vous vous taisez ?
SILYIA, à part.
Ah ! si c'est une infamie, Je pourrai dire au moins que le sort s'en mêla.
Haut.
Vous le voulez ? Eh bien ! ...
ZANETTO
Eh bien ?
SILYIA, après un silence et avec un violent effort.
N'allez pas là !
Croyez-moi. N'allez pas, ami, chez cette infâme. Ah ! vous ne savez pas ces choses-là. Votre âme Est innocente au point d'ignorer le danger, Mais moi qui ne peux rien, rienpour vous protéger, Hélas ! et qui vous dus refuser la première Ce qu'on vous a toujours donné dans la chaumière, lu asile, je puis vous sauver à présent. Quoi ! vous, l'enfant des bois, qui passez, amusant Les échos et luttant dans votre libre course Avec le passereau, le nuage et la source, Vous qui n'avez au cœur rien d'artificiel, Vous qui chantez ainsi que les oiseaux du ciel, Vous franchiriez, la joue humide de rosée, Le seuil de la maison funeste et méprisée;