SCENE VI ALAIN, GLOTILDE, BERTRAND DU GUESCLIN
OLIVIER, PAYSANS ET VARLETS, avec tout un équipage de chasse. — Quand Du Guesclin parait au fond, ses habits en lambeaux et portant dans sa main la tùtc d'une louve, il est salué par un long cri.
Hurrah ! hurrah !
DU GUESCLIN
Par saint Kado !
La bête avait mis bas, la semaine dernière, Cinq lonvards... Elle était sur eux dans sa tanière, Et les a défendus avec rage, sans fuir. La voilà...
Un page le débarrasse de la dépouille de la louve.
Si j'y perds une veste de cuir Qui m'avait bien coûté deux sous d'or à la foire De Vitré, j'ai du moins, madame, cette gloire De mettre ce hideux trophée à vos genoux; Et ces braves gens-là, pour qui les maîtres loups, Autant que les routiers anglais, sont redoutables, En auront six de moins à piller leurs êtables.
Du Guesclin prend une poignée de monnaie dans son escarcelle et la jette aux paysans.
Vive sire Bertrand !
OLIVIER, à Du Guesclin.
Gomme te voilà fait !
Vous avez donc lutté corps à corps ?
DU GUESCLIN, avec bonhomie.
En effet!
OLIVIER
Elle t'a blessé?
DU GUESCLIN
Non, mais la lutte fut chaude; Et j'ai moi-même ouvert le ventre à la ribaude, Qui, par Dieu! m'a marqué la chair avec ses crocs. Mais, assez là-dessus !... Fais apporter des brocs, — Le bon vin c'est encor la seule médecine ! — Et buvons en l'honneur de ta belle cousine.
CLOTILDE
Et moi-même, je veux remplir votre hanap, Sire Bertrand.
DU GUESCLIN
Pour moi qui suis, de pied en cap, Le plus disgracieux gentilhomme de France, Grand merci de l'honneur et de la préférence ! Car de ces faveurs-là je suis peu coutumier.