SCÈNE II
SILVIA, très sombre.
Ami, votre soupçon vous trompe étrangement. Je ne regrette pas de frère ni d'amant, Et mon émotion est bien plus naturelle; Je connais la Silvie et j'éprouve pour elle De la pitié, sachant qu'elle est, en vérité, Capable d'un moment de générosité Envers celui que son innocence protège ; Mais au cruel désir de marcher sur la neige Pourrait-elle longtemps résister? C'est moins sûr, Car au fond elle hait le naïf et le pur. Partez donc, et croyez que seul ici mon zèle Me fait vous conseiller de n'aller pas chez elle. En vous le prescrivant j'accomplis un devoir. Éloignez-vous. Partez.
Avec une douleur contenue.
Vous ne pouvez savoir Combien il m'est pénible et combien il me coûte, Enfant, de détourner vos pas de cette route. Vous ne pouvez comprendre, et je le veux ainsi; Mais je mérite bien qu'on me dise merci.
A part.
C'est fini. Mais, hélas ! s'il m'avait devinée !
ZANETTO
Je n'irai pas. C'est vous qui l'avez condamnée. Je partirai, trouvant peut-être moins heureux Aujourd'hui qu'autrefois mon sort aventureux; Car ici j'ai compris tout le charme indicible D'un repos qui pour moi, sans doute, est impossible. Mais j'emporte pourtant comme un bonheur confus ; Quelque chose de tendre était dans vos refus. N'emporterai-je rien de plus qui me rappelle Que, si vous dûtes être à mon souhait rebelle, Vous en aviez au cœur quelque chagrin secret Et que vous avez dit le doux mot de regret?
SILVIA, vivement et lui offrant une de ses bagues.
Oh ! certes, et gardez, pour qu'il vous en souvienne, Cet anneau...
ZANETTO, avec un geste de refus.
Non, madame. Il est de forme ancienne Et rare, en or massif, orné d'un diamant Enorme. Je ne puis accepter. Non vraiment. Merci. — N'êtes-vous pas, madame, pauvre et veuve?
SILVIA, à jiart.
M'aurait-il reconnue et serait-ce une épreuve?