ACTE II, SCÈNE II
Car c'est là le trésor des trésors, dom Paplmuce ! Remerciez donc bien de m'en avoir muni Mon docte ami, monsieur le prieur de Cluny.
LE BATARD, s'inclinant.
Je n'y manquerai pas.
THOMAS DE PI SAN, montrant toujours son manuscrit.
Une œuvre forte et saine !
Oui ! la traduction des Canons d'Avicenne Suivis de son traité du Kitab-el-Chéfà, Qui de toute science hermétique est l'alpha. Il ne me manque plus que le Saint-Paradoxe, Écrit en cent dix-sept chapitres, par Eudoxe, Abbé mitre de Suze et lecteur du Carmel.
Se tournant vers le page qui se tenait près de lui, l'aiguière à la main.
Mais, page... j'oubliais, mets là cet hydromel.
Le page dépose le plateau sur la table. LE BATARD.
Le roi serait souffrant, maître?
THOMAS DE PISAN
Non. Notre sire, Se sentant chaque soir hypocondre, désire Prendre pour bien dormir la nuit, ce cordial
Que je compose, avec un soin tout spécial, De vin blanc que d'un miel parfumé j'édulcore. Mais, comme on a jadis — et j'en frémis encore Attenté par toxique aux jours sacrés du roi...
LE BATARD, d'un ton douteux.
Je le sais.
THOMAS DE PISAN
Ce hanap est apporté par moi Dans la chambre où le roi donne son audience, Et je préviens ainsi tout complot.
LE BATARD, après s'être incliné, à part.
Patience !
Me voici dans la place, et ma vengeance attend. Qu'auprès de ce hanap je sois seul un instant, Et je suis curieux de voir, maître astrologue, Si le ciel te dira les effets de ta drogue !
On entend au dehors une musique bizarre de trompes et de tambourins; les seigneurs se précipitent sur le balcon.
Ah! ma jongleuse! Enfin, l'adroite Déborah Sur le balcon, avec ses tours, les retiendra.
Il montre Thomas de Pisan.
Si celui-ci pouvait les rejoindre ! . . .
LE COMTE D'AUXERRE, du balcon où il se trouve avec les seigneurs, à Thomas de Pisan.
0 miracle !