‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 135 sur 214 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Maître, venez donc voir cet étrange spectacle : Une bohème est là qui charme des serpents.

THOMAS DE PI S AN, au Bâtard.

Venez-vous, dom Paphnuce?

LE BATARD, refusant du geste.

Oh ! non ! c'est aux dépens De son salut qu'on voit ces merveilles maudites.

THOMAS DE PISAN

Moi, je veux voir.

Aux seigneurs.

Peut-on croire ce que vous dites?

Quoi? charmer des serpents!... Gomme au temps ancien Fit Apollonius le Cappadocien!

C'est quelque sacrilège affreux et punissable.

Il se dirige vers la fenêtre.

LE COMTE D'AUXERRE, toujours sur le balcon.

Elle trace à présent des signes sur le sable.

THOMAS DE PISAN

Oh ! j'y vais. C'est pour sur un sourat du Khoran.

Il rejoint les seigneurs.

LE BATARD, tirant une fiole de sa poitrine et épiant du regard les seigneurs, qui sont sur le balcon à admirer la bohémienne.

La France cette nuit va changer de tyran;

Mais elle aura pour roi celui que je patronne, Et Charles le Mauvais me devra sa couronne! La chose s'est passée ainsi qu'il le fallait: Enfin me voilà seul et, dans ce gobelet, Je n'ai plus qu'à verser cette liqueur qui tue.

Il verse le contenu de la fiole dans le hnnap.

Ah! roi Charles, ma tour de Mareuil abattue!

Ah! mes biens confisqués par toi! mon vieux blason

Brisé par le bourreau pour haute trahison!

Ma femme, dont tu prends, par un caprice étrange,

Le parti contre moi!... C'était trop! Je me venge!

Et je me venge bien pour avoir attendu!

Tu foulais le serpent, le serpent t'a mordu!

Et maintenant, partons. J'ai bien rempli ma tâche.

Un bon cheval m'attend au portail Saint-Eustache,

Et demain je serai dans Évreux, où je vais

Apporter un royaume à Charles le Mauvais.

Les seigneurs redescendent, entourant Thomas de Pisan, qui pérore.

THOMAS DE PISAN, d'un ton doctoral.

C'est bien simple, messieurs. De ces quelques syllabes, Qui sont un talisman vénéré des Arabes, J'ai clairement compris, moi, qu'à la Chandeleur, Du sombre accouplement d'une stryge en chaleur Et d'un bouc, qui n'était que Satanas lui-même,

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