ACTE II, SCÈNE III
Chaque nuit, et j'y trouve un sombre pronostic.
Arcturus semble avoir l'œil vert d'un basilic,
Aldébaran rougit, et dans Cassiopée
Je distingue une main brandissant une épée ;
Et parfois même -=- effets encor plus singuliers —
Les nuages ont l'air d'un choc de cavaliers.
Voyant le Roi qui s'avance au milieu d'eux.
Le roi !
Tous s'inclinent.
LE ROI, à Thomas.
Tu disais donc, bon Thomas, que les astres Nous promettent encor jours de deuil et désastres?
THOMAS DE PISAN
Oui, Monseigneur, le ciel est sinistre ce soir. J'y vois du sang.
LE ROI
Je suis bien las, je veux me seoir.
Il s'assied lentement dans la grande chaire qui est auprès de la table où on a posé le hanap empoisonné. A Thomas de Pisan.
Encor du sang, dis-tu ? Quelle terrible année ! Mon père, pour tenir la parole donnée, Se rendant prisonnier et trépassant là-bas; Le malheur devant moi se dresse à chaque pas :
Les Jacques, les Anglais, la famine et la peste, Tout à la fois !
LE MARÉCHAL D'ANDREHAM.
C'est vrai, Monseigneur, il ne reste A ce pays vaincu qu'un espoir aujourd'hui : C'est que Dieu tout-puissant prenne pitié de lui !
LE ROI
Bien, d'Andreham! Mettons en Dieu notre espérance. Il ne peut pas faillir au beau pays de France, Qu'il a depuis longtemps élu pour champion.
LE MARÉCHAL D'ANDREHAM, au Roi.
Que n'écrasez-vous donc d'abord ce scorpion De Navarre? Nous tous en aurions l'âme en joie.
LE MARÉCHAL DE ROUCICAUT, au Roi.
Ce présage de sang que le ciel vous envoie Vous dit de le frapper au plus tôt, ce Mauvais.
Aux seigneurs.
N'est-ce pas, messeigneurs?
Assentiment général.
LE ROI, tristement.
Oui, si je le pouvais!