‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 138 sur 214 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

LE COMTE D'AUX ERRE, vivement.

Mais dites un mot, Sire, et toutes nos épées, Depuis un si long temps, hélas! inoccupées, Menaçantes, avec la lueur de l'éclair, Jailliront à la fois de leurs gaines de fer!

BAUDOIN DE H AN NE QU IN, de même.

La mesure est comblée, et tant de félonie, Gentil roi, ne peut pas demeurer, impunie.

LE MARÉCHAL DE ROUCICAUT, de même.

A défaut des Anglais, nos maîtres par traité, Et dont il faut subir encor la volonté, Vous pouvez châtier ce vassal trop rebelle.

LE COMTE D'AUXERRE, de même.

Sire, nous sommes prêts, l'occasion est belle; Déclarez-lui la guerre et sonnez le tocsin!

LE MARÉCHAL DAN DUC H A M, de même.

En un mois nous allons envahir le Yexin, Entrer dans sa comté d'Évreux, et que je meure Si vous ne pouvez pas, Messire, dès cette heure, Faire remettre à neuf, pour ce fils de Gascon, Le gibet le plus haut qui soit à Montfaucon!

TOUS, pressant et entourant le Roi.

Oui, la guerre ! la guerre !

LE ROI, lentement.

Ah! messeigneurs, la guerre Goûte beaucoup d'argent, et nous n'en avons guère. On ne tire plus rien des Juifs et des Lombards; Les impôts sont déjà bien lourds : de toutes parts On vient se plaindre à moi des collecteurs de tailles; Tout est grevé d'un tiers en plus, sauf les futailles; Le fouage, qu'il eût fallu qu'on dédoublât, Est à deux francs, messieurs, dans tout le pays plat, Et monte à quatre francs pour les villes fermées; Les contributions sont toutes affermées, Mais c'est le diable pour les lever et cueillir! Et tout peut d'un instant à l'autre nous faillir. Les récoltes de l'an dernier sont détestables, Pas de blé, pas de vin ! Et messieurs les Notables Des États, l'autre fois, me reprochaient encor D'avoir surélevé la valeur du marc d'or. Vous voyez, n'est-ce pas? que la simple sagesse Nous défend, pour longtemps, la plus faible largesse. La guerre! mais comment payer les batailleurs?... Il le faut! attendons, messieurs, des temps meilleurs.

Mouvement de dépit chez les seigneurs. Le connétable se détache de leur groupe et vient, en s'inclinant, se poser devant le Roi.

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