ACTE II, SCENE VII
Et mon rêve était plus sublime que le votre!
Oui, ce noble pays, où l'étranger se vautre,
Où tout est maintenant misère et désarroi,
Ce grand pays que j'aime et dont Dieu m'a fait roi,
— Entends-tu bien, toi, qui de m'aider as vergogne? -
Je voulais, de Dunkerque à la mer de Gascogne,
Que de la fange anglaise il fût débarrassé,
Comme la plage après que le Ilot a passé !
DU GUES CL IN
Par saint Kado ! voilà des paroles royales !
LE ROI
Tu ne soupçonnais point mes ardeurs martiales?
C'est vrai! je les gardais en moi-même, songeant
Qu'il me fallait un chef habile et de l'argent,
Pour conduire au succès cette vaste entreprise.
Écoute! lentement j'amasse et thésaurise.
A présent, j'ai de l'or, — pas beaucoup, mais assez! -
Quant au chef, ce devrait être moi; mais je sais
Que je ne pourrais pas!... Vois ma mine flétrie;
Regarde! Suis-je né pour la chevalerie?
Une armure m'étouffe, et ce bras faible et gourd
Trouve, hélas ! qu'une épée est un fardeau trop lourd.
Aussi, j'ai dû chercher un autre capitaine
Qui rendit pour les lys la victoire certaine.
Je savais ta vaillance et ta haute vertu,
Et je t'ai fait venir pour te dire : « Veux-tu? »
DU GUESCLIN, tombant à genoux.
Sire, vous êtes grand! J'accepte et je vous aime!
LE ROI, vidant la fiole.
Je vivrai donc... Viens dans mes bras!
Le Roi et Du Guesclin s'embrassent.
Dès ce jour même, Nous allons commencer notre œuvre. Tu verras! Je serai la pensée, et tu seras le bras. Et je sens naître en moi cette mâle assurance Qu'à nous deux nous allons ressusciter la France !
11 va au fond, et appelle les seigneurs qui sont restés dans l'antichambre.
Entrez tous !