SCÈNE PREMIÈRE BERTHE, DOMINIQUE
Au lever du rideau, Bertbe, en costume de voyage, en deuil, est assise sur un divan. A ses pieds est une valise. Dominique, vieux domestique aux allures campagnardes, se tient debout devant elle et lui parle avec une familiarité respectueuse.
DOMINIQUE
Moi seul l'ai vu mourir, mademoiselle Berthe ; Seul depuis trois longs jours je pleure ici sa perte; Et puisque vous voulez, quoique vous ayez tort, Savoir de moi comment le pauvre enfant est mort, Je vais vous dire tout. Veuillez donebien me suivre. Vous savez : il venait de publier son livre,
Le dernier, le plus beau, dont on a parlé tant ; Mais ce fut un succès tellement éclatant, Que, là-bas, au pays, vous avez dû le lire.
— Le croiriez-vous ?
Montrant des journaux épars sur une table.
Jamais je ne l'ai vu sourire Devant tous ces papiers qui célébraient son nom. Il donnait un regard, murmurait : A quoi bon? Puis, venant se jeter, de sa marche indécise, Sur ce même divan où vous êtes assise, Il regardait longtemps les tisons enflammés, Ou, feignant de dormir, restait les yeux fermés Et respirant avec effort, pendant des heures. Une fois il me dit : — On dirait que tu pleures, Mon brave Dominique? — Et, me serrant la main
— Du courage, mon vieux, tu pleureras demain.
— Il mourut dans la nuit même, sans agonie. Il est mort! et voilà mon histoire finie, Mademoiselle. Il fut dans ce mal de langueur Deux ans. Les médecins ont dit : C'était au cœur. Moi je dis que mourir à trente ans c'est inique. Voilà tout.
BERTHE
Est-il mort en chrétien, Dominique?