SCENE I. il
DOMINIQUE
A Paris, voyez-vous, on pratique fort peu. On est trop occupé pour songer au bon Dieu. Lorsque sur son cher front j'ai vu la mort paraître, J'ai parlé doucement d'aller quérir un prêtre ; Mais il n'a pas paru me comprendre.
BERTHE
C'est bien!
Mais au moins, mon ami, vous ne me cachez rien? Ceux qui venaient le voir aux heures de souffrance, Et, leurs mains dans ses mains, lui parlaient d'espérance, C'étaient — vous pouvez tout me dire en ce moment — Seulement des amis ?
DOMINIQUE
Des amis seulement.
BERTHE
Et pourtant... oui, je veux vous dire ma pensée. Vous savez tout : je fus jadis sa fiancée ; Etant presque parents, nous devions être époux ; Et, quand l'ambitieux s'échappa de chez nous Et vint dans ce Paris pour y chercher la gloire, J'étais encor présente et chère à sa mémoire. A moi qui l'attendais, longtemps il écrivit,
Sincère, tout ce qu'il pensa, tout ce qu'il fit. Mon souvenir n'était pas éteint; au contraire. Et vous seul connaissez ce qui vint l'en distraire : Je devine une femme, ou vraiment il fallut, Pour qu'il ne songeât plus à faire son salut, Ce poète chrétien sûr de sa foi bretonne, Et pour qu'il m'oubliât comme un lâche abandonne, Ce loyal gentilhomme et de cœur et de nom, Qu'il fut devenu fou, Dominique. — Mais non ! Quelque passion folle asservissait son âme. Tenez ! confiez-moi le nom de cette femme.
DOMINIQUE
J'ai toujours respecté mon maître et son secret.
BERTHE, à part.
Ce vieillard a raison ! — Je souffre. Il semblerait Que, même après sa mort, je suis encor jalouse De celui dont j'ai dû jadis être l'épouse. Le calme était trompeur alors qu'il triomphait, Et dix ans de prière à genoux n'ont rien fait.
Haut.
Maintenant, apprenez pourquoi je suis venue. Sa vie en ce Paris m'était bien inconnue, Et là-bas j'étais seule, acceptant l'abandon,