ACTE III, SCÈNE V
DU GUESCLIN
Silence ! Il faut qu'on aille D'abord jusqu'au foyer, puis jusqu'à ces barils, Enfin jusqu'à ces tours.
ALAIN
C'est bien.
DU GUESCLIN
Que de périls, Enfant!
ALAIN
Qu'importe? Allons
DU GUESCLIN
Ah ! l'heure est solennelle!
S'il fallait seulement tuer la sentinelle, J'ai ma dague. En un tour de main ce serait fait. Mais ce soldat pourrait appeler...
ALAIN
En effet.
Alors?...
DU GUESCLIN
Il va falloir le tuer sans qu'il crie, Voilà tout.
ALAIN
Je suis prêt!
DU GUESCLIN
Oh! pas d'étourderie !
Rampons vers lui comme un renard dans un sillon ; Un seul coup de poignard, et ma main pour bâillon ! Ce repli de terrain nous sert; la nuit est brune. Il ne nous verra point. Au soldat !
La lune parait.
Ah ! la lune !
Silence. — La lune disparait derrière un nuage.
Bon voyage, madame! et ne revenez pas... Devant les tours, tu vois bien ce tertre là-bas? Il y faut arriver sans bruit, à quatre pattes.
ALAIN
C'est bien!
A part.
Je ne veux plus, ô mon cœur, que tu battes !
DU GUESCLIN
Allons!
Ils traversent la scène en rampant et la remontent, chacun d'un côté différent, se dirigeant vers la sentinelle, qui se met à chanter.
L'ARCHER, chantant.
Au pays, chez nous, Dans les hautes terres, C'est l'heure des doux .Mystères.