ACTE III, SCENE V
Des grands lacs d'azur Argentant la grève, La lune, au ciel pur, Se lève.
lies daims en repos, Vers la source noire, Viennent par troupeaux Pour boire.
DU GUESCLIN, derrière le tertre, caché, aux pieds de la sentinelle.
Nous y voilà.
A Alain, qui l'a rejoint.
Ta main! Prends ce poignard...
Tu trembles?
ALAIN
Non de peur, mais c'est ce montagnard, Qui chante son pays natal quitté naguère Et qu'il faut égorger !
DU GUESCLIN, d'une voix grave.
Mon enfant, c'est la guerre!
L'ARCHER, reprenant sa chanson.
Lutins et démons Et sorcières blondes Mènent, sur les monts, Leurs rondes.
Et, dans l'air, le son D'une cornemuse Passe et meurt, chanson Confuse.
En ce moment, Du Guesclin, qui est sorti de sa cachette et a rampé jusqu'au soldat, l'assaille par derrière, lui met une main sur la bouche et le poignarde. L'archer tombe avec un râle étouffé.
ALAIN, se voilant les veux.
Ah!
DU GUESCLIN, montrant le mort.
C'est fait, sans un cri.
ALAIN, à part.
Moi, j'ai bien entendu.
DU GUESCLIN, fiévreusement.
A la besogne, et pas un instant de perdu !
Je roule ces barils près des tours. Toi, dépêche.
Tortille cette paille et fais-en une mèche;
La flamme mettra bien quelque temps à ramper
Jusqu'à la poudre, et nous, nous pourrons décamper
Ils commencent à agir. — Soudain ils s'arrêtent et prêtent l'oreille.
Des pas! on vient
ALAIN, écoutant à droite.
Parla!
DU GUESCLIN, avec anxiété.
Qu'est-ce encore?