MAUNY
LE SPECTRE D'ENGUERRAND DE .MAUNY, étendant la main vers Alain.
Du lumineux séjour de l'extase éternelle, Où Dieu donne aux élus le bonheur infini, Ton père mort descend, et sa voix solennelle Te salue, Alain de Mauny !
Voici tes frères, tous ont la même blessure Au front, juste à la place où se posa ma main. Comme la leur, enfant, ta destinée est sûre : Tu ras être tué demain!
Dernier né des Mauny, porte une âme virile A ton premier combat qui sera sans second, Car, sache-le, ta mort ne sera pas stérile, Ton sang versé sera fécond !
J'ai sous les yeux le livre ouvert des destinée*, Et de ma voix qui sort de V abîme, apprends-les La guerre durera cent terribles années;
Mais nous chasserons les Anglais!
Le grand Breton, qui tient le glaive de la France, De l'âpre invasion refoulera le flot; Sous lui nous toucherons presque à la délivrance ; Mais Du Guesclin mourra trop tôt.
Après... — Oh ! la funèbre et lamentable histoire! — La nef de France sombre et n'est plus qu'un débris.. . Ah! je vois des Anglais par tout le territoire Et leur roi régnant à Paris!
Mais à l'heure où la foi du plus brave chancelle, Voici, terrible ainsi que l'archange en son vol, Surgir le blanc pennon de la bonne Pucelle! Et plus un Anglais sur le sol !
Et plus tard, et sans cesse, invasions, désastres ! Et toujours, à la fin, le drapeau triomphant Plane sur le pags délivré, dans les astres. Vive France! A demain, enfant!
L'apparition se dissipe peu à peu. Le jour paraît. Alain soft de son extase.