‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 194 sur 214 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ALAIN, seul.

Seul!

Après uu silence.

Allons, triste nuit, passe vite!

Car j'ai soif de l'ivresse ardente des combats. Contre un destin trop dur en vain je me débats! Carnage, me voici! mêlée, ouvre ton gouffre! Que je m'y jette, afin d'oublier, car je souffre!

Sanglotant.

Je souffre, et mon courage à la fin est lassé !

Se relevant.

Mais non : patrie, à toi je me suis fiancé, Épouse des hardis, toujours fidèle et chaste, L'ànie pour ton amour n'est jamais assez vaste!... Et pour te la donner toute, j'en veux bannir De mon rêve fatal jusques au souvenir!

S'approchant du coussin où sont ses armes.

Je t'en prends à témoin, ù ma première armure! Si ce cœur bat trop fort, étoutTe son murmure

Sous la lourde cuirasse et sous le gorgerin,

Et qu'il devienne froid ainsi que ton airain!

Si de mes yeux, visière horrible de ce casque,

Tombent parfois des pleurs, cache-les sous ton masque !

Cette main, qui jadis dans la sienne tremblait,

Que ton tissu de fer la couvre, ô gantelet,

Pour que tu sois solide en sa paume crispée,

O mon amie ! ô ma vaillante ! ô mon épée!

De n'être plus qu'à toi, désormais, je fais vœu.

Mais prions.

11 s'agenouille.

Aidez-moi, bons chevaliers de Dieu, Bienheureux combattants des célestes phalanges, Terribles chérubins, victorieux archanges, Toi surtout, saint Michel, qui domptas le dragon! Prends-moi, grand saint Martin, soutien et parangon Du soldat vertueux, sous ta main protectrice ! Intercédez pour moi, monseigneur saint Maurice! Et vous, guerriers thébains, martyrs de votre foi, Barons du paradis, priez, priez pour moi !

11 met sa tète dans ses mains et reste absorbé dans sa méditation. — Musique. — Le fond du théâtre s'ouvre, et dans des nuées, baignées d'une lumière surnaturelle, apparaissent le vieux Enguerrand de Mauny, tel qu'il était au prologue avec ses blessures, et derrière lui ses trois iils Philippe, Jacques et Huon, tous les trois blessés à la tète. — Tous sont appuyés sur leurs longues épées.

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