‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 20 sur 214 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

BERTIIE.

C'est ici qu'il est mort. C'est ici que souvent Il est resté courbé sur sa table et rêvant. C'est ici qu'il a fait son œuvre de poète.

Oh ! dites-moi, témoins de sa vie inquiète :

Les maux qu'il a causés, les a-t-il bien voulus?

Meubles qu'il préférait; livres qu'il a relus ;

Toi, plume d'où tombait son grand vers triste et mâle ;

Miroirs, au fond desquels il se trouvait si pâle ;

Armes, qui dans sa main quelquefois avez lui,

Dites-moi son secret et parlez-moi de lui !

Car vous avez connu l'influence fatale

Qui le tint éloigné de la maison natale

Et lui fit oublier aussi l'autre maison,

Celle où, les yeux fixés au lointain horizon,

Assise taciturne au bord de ma fenêtre,

J'ai pu voir tant de fois le jour naître et renaître

Et regardé, souffrant un martyre inconnu,

Le chemin par lequel il n'est pas revenu.

— Ne pensait-il jamais à la désespérée? Par quelque lumineuse et splendide soirée, Quand de la grande ville au loin s'éteint le bruit, Seul, contemplant le ciel magnifique, à minuit, Le bras sur le balcon, n'a-t-il pas eu l'idée Qu'il était quelque part une triste accoudée Qui, comme lui, veillait et lui gardait sa foi? Et, tendre, son regret est-il allé vers moi ?

— Mais vous êtes muets! je garderai mon doute. Pour moi, toute espérance est bien détruite, toute !

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