‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 24 sur 214 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

BERTHE

Pas de cris ! ils seraient superflus; Car j'étais fiancée à celui qui n'est plus. Il faut que mon courroux sur vous s'appesantisse Et je sens que le ciel m'arme pour sa justice. Car vous l'avez tué : c'est votre amour fatal Oui détruisit en lui le vieil honneur natal, Hélas ! et, trop bien né pour pouvoir lui survivre, Il alla vers la mort qui calme et qui délivre. Il a trahi, vous seule égarant sa raison; Et, par vous seule, il est mort de sa trahison. — Ainsi, nous vieillirions filles, dans nos provinces, Faisant rire les sots de nos robes trop minces Et de nos mantelets aux vieux rubans passés, Nous fiant aux serments anciens des fiancés Et dans l'église allant, devant les bonnes vierges, Brûler dévotement pour eux de petits cierges; Et nous nous cacherions pour sangloter tout bas, Attendant le billet si cher, qui ne vient pas; Et l'on nous laisserait, à la fin, sans nouvelles ! Nos miroirs nous diraient qu'on n'est pas toujours belles Et, regardant grandir les enfants, — tout petits, Jadis, quand nos amis oublieux sont partis, — Nous gagnerions la lente et pénible science De l'abnégation et de la patience !

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